Figure incontournable du doublage français et visage de plus en plus présent à l’écran, Jérémie Covillault enchaîne les projets sans jamais perdre ce qui fait sa singularité : une voix reconnaissable entre mille et une intensité de jeu puissante et subtile à la fois. Qu’il prête son timbre grave à des personnages emblématiques comme Wolverine (Marvel) et Stilgard (Dune), ou qu’il incarne à l’image des hommes taiseux, ambigus, parfois au bord de la rupture, le comédien cultive une présence solide et profondément humaine.
Dans la saison 2 de Pax Massilia, il interprète le commandant Beckerman, un personnage trouble, symbole parfait de ces rôles à double fond qu’il affectionne.
Entre fidélités artistiques, amitiés de tournage, huis clos sous tension avec N121, bus de nuit et actualité brûlante côté doublage, Jérémie Covillault revient avec franchise et passion sur ses derniers rôles au cinéma et à la télévision, sa méthode de travail et son amour intact du jeu.
Dans la seconde saison de Pax Massilia, vous incarnez le commandant Beckerman. Comment avez-vous abordé et travaillé ce rôle ?
C’est un flic droit dans ses bottes, là pour faire tomber les pourris. En tout cas, c’est comme ça qu’il est écrit dans les trois premiers épisodes. Et puis, quand je lis le quatrième épisode dans le train, je me dis : « L’enfoiré ! » – en pensant à Olivier, parce qu’il ne m’avait jamais dit que mon personnage était une ordure. Je l’appelle immédiatement et je lui dis : « Attends, tu m’avais dit que… » Et il me répond : « Tu vois comme tu as été surpris ? Tu t’es fait avoir. Il faut que personne ne voit venir le truc. Il faut surprendre tout le monde en découvrant que tu es un enfoiré, que tu es une daube. »

À partir de là, j’ai abordé le rôle exactement comme ça : celui d’un flic droit, qui représente la loi, qui est en mission et qui veut vraiment faire son travail, sans jamais penser au fait qu’il puisse être infiltré. Et je suis ravi, parce qu’on a eu tout le monde. J’ai toujours travaillé le rôle sur cette dualité. Il y a Beckerman, le flic intègre, efficace, un très bon policier. Et il y a Beckerman le traître. Un traître contraint, parce qu’il est tenu : ils ont des dossiers sur lui, et s’il tombe, sa vie est foutue. C’est un personnage qui n’a que son travail dans sa vie. Ce n’est pas forcément développé dans le scénario, mais moi, je me suis évidemment fait ma petite fiche de personnage. Beckerman, c’est un homme solitaire, divorcé, qui a un fils qu’il ne voit jamais. Chez lui, c’est vide, pas décoré. Il ne vit que pour son métier et a raté sa vie personnelle à cause de ça. Donc s’il perd son boulot, il n’a plus rien. Et à ce moment-là, le mec se flingue.
Crédit photo : Antoine Valley / Gaumont / Netflix
« Je crois sincèrement qu’il faut être très humain, et très gentil dans la vie, pour bien jouer les méchants »
Il y a cette scène qui a marqué les esprits, lorsque vous assassinez froidement un autre personnage dans une voiture. Pouvez-vous nous raconter les coulisses de ce moment ?
Je voulais vraiment le jouer froid comme la mort. Beckerman est en acier. Il n’a aucun affect. Il ne s’attache pas aux gens – et surtout pas à ceux qu’il doit faire tomber. Et dans son rôle de traître, entre guillemets, c’est exactement pareil : s’il laisse passer la moindre émotion, c’est terminé. Il plonge. Dans le jeu, je lui ai donc donné une distance énorme par rapport aux événements, aussi bien dans son travail de flic que dans sa traîtrise. Je tenais aussi à ce que Beckerman soit un personnage qui ne s’énerve jamais, qui reste toujours calme. Une sorte de force tranquille, une froideur posée. Et je pense que c’est précisément ce qui le rend encore plus dangereux, aussi bien en tant que policier qu’en tant que traître.[…] La scène a été filmée de plusieurs manières. On l’a tournée en gros plans, sur lui et sur moi, à l’intérieur de la voiture. Mais aussi avec une grue, en plongée, très haut. D’ailleurs, le plan où je tire n’est jamais montré frontalement. On a un champ/contre-champ à travers les vitres, puis un plan en hauteur où l’on me voit arriver avec la voiture, entrer, faire tout le dialogue, tuer le personnage et repartir. Et on a refait un plan séquence en haut, avec la grue, où on me voit arriver avec la bagnole, rentrer dans la bagnole, faire tout le dialogue, le tuer et repartir.
Au montage, Olivier a fait un choix que je trouve très fort : on ne me voit pas vraiment tirer. On me voit sortir l’arme, mais le coup de feu est filmé de l’extérieur, à distance. Il n’y a qu’un éclair à l’intérieur de la voiture, puis on me voit sortir et m’en aller. C’est très sec, très froid. Et je trouve que c’est précisément ce qui rend la scène aussi marquante.
Il faut savoir que sur les tournages d’Olivier, on se marre énormément. Plus les scènes que l’on tourne sont dramatiques, dures, tendues, plus on rigole sur le plateau. C’est assez paradoxal, mais c’est quelque chose de très répandu sur les tournages : quand on est plongé dans le drame, il faut désamorcer entre les prises, relâcher la pression, rire un peu. À l’inverse, quand on tourne une comédie, on rit souvent moins. La comédie est un genre extrêmement exigeant, qui demande beaucoup de sérieux dans le jeu. Alors que le drame autorise davantage ces moments de respiration hors caméra.
Olivier est aussi quelqu’un de très fidèle. Il travaille toujours avec la même équipe, ils se connaissent tous par cœur. Du coup, sur le plateau, c’est un joyeux bazar : on se vanne toute la journée, l’ambiance est très détendue. Mais dès qu’il dit « Moteur », on entend une mouche voler. Là, tout le monde se concentre, devient ultra sérieux, et on y va à fond.

Crédit photo : Antoine Valley / Gaumont / Netflix
Est-ce que vous pensez que votre voix grave vous permet plus facilement de jouer ce type de rôle, des personnages graves, froids, autoritaires ?
Bien sûr. Il n’y a clairement pas de hasard si j’interprète régulièrement – et principalement – des flics sombres, des truands, des enfoirés ou des tueurs. Je n’ai jamais eu une tête de jeune premier. Je n’ai jamais été dans cette catégorie-là. J’ai plutôt un visage d’anti-héros ou de méchant. Évidemment que ma voix grave joue énormément là-dedans. Elle me sert autant à l’écran que dans le doublage. Je fais majoritairement des méchants, ou alors des super-héros un peu borderline, comme Wolverine. La voix conditionne beaucoup de choses. Et puis, il ne faut pas oublier qu’on est en France. Ici, on n’est pas forcément très friands des rôles de composition. C’est aussi pour ça qu’il y a davantage d’acteurs de composition en Angleterre ou aux États-Unis. En France, on te choisit souvent pour ce que tu es, pour l’énergie que tu dégages. Après, moi, j’adorerais faire de la comédie. Mais si je fais de la comédie, ce serait à la manière d’un Jean-Pierre Bacri : des personnages drôles malgré eux, râleurs, pas forcément sympathiques, mais profondément attachants.
Cela dit, les rôles de méchants restent, selon moi, les plus intéressants – et les plus amusants – à interpréter. Et je crois sincèrement qu’il faut être très humain, et très gentil dans la vie, pour bien jouer les méchants. Surtout, quand je fais des méchants, ça me permet de faire des choses dans les films, dans les rôles, que je ne me permettrais jamais de faire dans la vie. Donc, c’est assez exutoire, c’est plutôt jouissif de se permettre ces trucs-là à travers des rôles.
« Sur le tournage d’Anaon, je passais mon temps à faire la voix de Wolverine, de Venom, de Smaug pour le réalisateur David Hourrègue »
Je sais qu’Olivier Marchal et vous êtes amis de longue date. Vous avez même joué ensemble dans des téléfilms. Mais il y a aussi deux amitiés plus récentes dont j’aimerais parler : celle avec David Hourrègue, avec qui vous avez tourné la série Anaon et le téléfilm 1er Mai, prochainement diffusé, et celle avec Julie Rohart, avec qui vous avez travaillé sur la série Factices et que vous retrouverez dans sa prochaine création, Sœurs. Est-ce que les amitiés durables dans le travail sont importantes pour vous ?
Totalement. Amitié durable ou non, d’ailleurs. Mais quand ça se vérifie dans le temps, quand il y a de la fidélité, c’est encore mieux. Je fais du meilleur boulot quand je m’entends avec les gens, quand je les aime. Je n’aime pas travailler dans le conflit. Je ne fais pas ce métier pour être malheureux : je le fais pour être heureux, pour m’éclater, pour prendre du plaisir. Et j’en prends encore plus quand j’admire et que j’apprécie profondément les personnes avec qui je travaille.
David Hourrègue et Julie Rohart, ce sont de vraies rencontres humaines et artistiques. Avec David, sur le tournage d’Anaon, on s’éclatait. C’est un vieux geek comme moi. On a exactement les mêmes références. Le mec porte tous les jours des t-shirts Retour vers le futur, Les Goonies ou Ghostbusters. On partage le même amour pour le popcorn movie américain. C’est génial de bosser avec des gens que tu comprends immédiatement.
Julie, c’est un peu la même chose mais sur le plan musical. Elle a des chansons en tête pour chaque séquence. Et moi, je travaille beaucoup avec la musique aussi.
Il y a une forme d’évidence avec des gens comme ça. On se comprenait instinctivement. Sur la direction d’acteurs, on a très vite compris ce qu’on voulait faire de mes personnages, que ce soit avec Julie ou avec David. Sur le tournage, ce n’était plus que du réglage.
Je leur serai fidèle à tous les deux. S’ils ont besoin de moi, je serai toujours là. Sur 1er Mai, par exemple, j’ai un petit caméo, mais je suis venu avec un immense plaisir, simplement parce que c’était David.
David devait être super heureux d’avoir la voix française des grands héros de la pop culture (rire)…
C’est très drôle, sur le tournage, je passais mon temps à lui faire la voix de Wolverine, de Venom, de Smaug… Il adore la VF. Parfois, quand on répétait des scènes, je prenais des voix différentes. Ça nous faisait marrer. C’est quelqu’un qui assume complètement son côté geek et ses références. Il les revendique même.
« J’étais heureux qu’on me confie, pour une fois, un rôle d’homme qui n’est ni dangereux ni méchant, mais qui subit les événements »
Le 4 février, vous serez à l’affiche du film N121, bus de nuit, un thriller en huis clos dans un bus, où vous interprétez le chauffeur. Comment avez-vous vécu ce tournage ? Pouvez-vous nous le décrire ?

Avec Morade Assaoui, le réalisateur, on s’est trouvés. Lui aussi, c’est un geek, avec des références à tout va et le même amour du cinéma. Quand j’ai lu le scénario, je me suis dit qu’il fallait absolument que je fasse ce film, quel que soit le rôle. C’est un vrai film choral, où chacun a ses moments. Et les trois jeunes sont formidables : Gaspard, Riad et Bakari. Je les adore. Gaspard, c’est le nouveau Vincent Cassel. Riad a vraiment quelque chose de singulier. Bakari, lui, dégage une puissance, une profondeur, une gravité incroyables. Je suis très heureux de voir cette nouvelle génération arriver.
Ça a été une immersion totale. On a tourné trois semaines dans le bus de nuit, de 22 heures jusqu’à l’aube, en plein hiver, parfois à 6 heures du matin pour toutes les séquences avec les accrochages avec la police.

Ensuite, trois autres semaines en studio à Bry-sur-Marne, avec le même bus installé sur des vérins hydrauliques, donc en mouvement, entouré de murs de LED qui nous plongeaient dans la nuit. Et à l’écran, on ne voit absolument pas la différence. C’est assez dingue et hyper intense. On n’avait pas des choses évidentes à jouer, mais ce qui était génial, c’est que, pour la moindre scène, on était tous là. Même lorsqu’il s’agissait d’un plan serré sur un acteur, on restait dans le bus derrière, à lui envoyer notre énergie et à vivre la séquence avec lui. Il n’y avait pas un moment où on ne jouait pas, en réalité.
Ce furent de très belles rencontres. C’est aussi pour ça que j’adore ce métier : on rencontre des gens et on se rend compte qu’on est de la même famille, qu’on aime les mêmes choses et qu’on fait ce métier de la même manière.
Crédit photo : Hugo Scialom
Je suis très fier de ce film. C’est une petite bombe, un vrai film social qui parle de problématiques très actuelles. Je ne vais pas faire de parallèle avec La Haine, mais c’est un film qui mérite vraiment d’exister.
Vous conduisiez le bus vous-même en extérieur ?
J’avais une doublure, parce que je n’ai pas le permis bus. Mais on se débrouillait toujours pour ne pas voir le conducteur à ces moments-là. Toutes les séquences où l’on me voit conduire ont été tournées en studio.
« Les rôles que je trouve aujourd’hui, que ce soit en doublage ou à l’image […] sont des rôles que j’attendais depuis très longtemps »
C’est un rôle très différent de ce que vous faites habituellement. Vous avez ici une posture plus soumise, le visage apeuré. C’était intéressant pour vous d’aller vers ce type de jeu ?
Oui ! Moi, dès que je peux explorer d’autres facettes de personnages, je suis content. D’ailleurs, à la base, j’avais passé des essais pour le rôle de Damien Jouillerot, celui qui déclenche les tensions dans le bus en s’embrouillant avec les gamines. Morade m’a appelé et m’a dit : « Écoute, tu as fait de super essais, mais le problème, c’est que si toi, avec ta posture, ta voix, ta gueule, tu commences à leur répondre comme ça, il n’y a plus de film, parce que tout le monde va fermer sa gueule. » On en revient à ce qu’on disait sur la voix grave tout à l’heure (rire). J’ai donc passé les essais pour le rôle du chauffeur de bus, que j’ai finalement obtenu. En fait, ils ont inversé nos rôles. Et je trouve que c’est parfait ainsi, parce que Damien a une fragilité différente, qui fait que la situation peut dégénérer.
Le conducteur du bus est d’abord un peu en retrait, puis, petit à petit, la peur s’installe, notamment parce qu’il est père de famille. J’étais heureux qu’on me confie, pour une fois, un rôle d’homme qui n’est ni dangereux ni méchant, mais qui subit les événements. J’adore explorer des personnages humains et bienveillants, pas seulement des ordures. Encore une fois, c’est un film choral où chacun a, malgré tout, une vraie histoire et un vrai personnage à défendre, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce type de films.
On vous voit de plus en plus à la télévision et au cinéma. J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose, non ?
Très franchement, depuis trois ou quatre ans, les tournages s’enchaînent et je trouve de plus en plus ma place. Beaucoup de mes amis me disaient déjà il y a longtemps : « Toi, tu vas gagner à vieillir. Tout va se déclencher entre quarante-cinq et cinquante ans. » Je vais avoir cinquante ans en mars, et je me rends compte que depuis mes quarante-cinq ans, j’ai l’impression d’être à ma place. Il y a une forme d’alignement entre mon physique, mon âge, ma voix… et les rôles que je trouve aujourd’hui, que ce soit en doublage ou à l’image. Ce sont des rôles que j’attendais depuis très longtemps. Je me laisse porter, je profite, et je suis très heureux de voir que les choses avancent bien, de tourner davantage et de rencontrer des personnages formidables.
Questions sur le doublage. Vous avez eu une grosse année de ce côté-là aussi, notamment avec le doublage du film d’animation Batman Ninja contre les Yakuzas, où vous prêtez votre voix à Batman/Bruce Wayne. Un autre super-héros à votre actif !
Effectivement, je peux dire que j’ai fait Batman une fois dans ma vie. Il faut savoir que mes trois super-héros préférés depuis que je suis gamin sont Superman – dans les films de Richard Donner avec Christopher Reeve, doublé par l’immense Pierre Arditi – Wolverine et Batman. Aujourd’hui, je suis déjà la voix de Wolverine, donc Batman manquait, entre guillemets, à mon palmarès. Je suis gâté côté super-héros. Ce film est particulier parce qu’il est très japonisant, complètement fou, presque baroque dans son style.
Il y a eu Emmanuel Jacomy et Adrien Antoine qui ont incarné Batman très régulièrement ces dernières années, des gars que j’aime humainement, qui sont des amis et que je respecte artistiquement.

On en a parlé, on s’est appelés, mais il n’y a aucune concurrence entre nous. Il y a un vrai respect et une vraie amitié. J’ai commencé à me mettre un peu la pression, parce que ce n’est jamais évident de passer après des comédiens qui pèsent autant, surtout sur des rôles iconiques comme celui-là. Et puis, le jour où j’étais chez Deluxe et que j’ai attaqué le doublage, je ne me suis plus posé de questions : j’ai fait mon Batman. Et comme c’est un projet très particulier, ça collait bien. J’ai eu de bons retours. Mais on ne va pas se tirer la bourre. Je ne veux pas me mettre en concurrence avec les copains. Chacun fait son Batman, son Superman, à sa manière. C’était pareil avec Wolverine : je voulais proposer ma version.

De même que pour Captain Price dans Call of Duty, quand ils ont remplacé Marc Alfos, qui est malheureusement décédé. J’ai écouté ce qu’il avait fait et j’ai essayé de rester dans sa ligne, de prolonger le travail qu’il avait amorcé, par respect pour lui et pour les fans, afin de ne pas trahir ce que les gens aimaient déjà.
Est-ce que, sur l’animation, vous avez davantage de liberté que sur du live action pour créer vocalement ?
Ça dépend. Il m’est arrivé de travailler sur des films d’animation français, notamment avec Céline Ronté à la direction artistique, où là, on est vraiment dans de la création pure. Elle m’avait dirigé sur La Princesse Dragon : on a créé les voix à partir des storyboards, et l’animation a ensuite été faite sur nos voix. Dans ce genre de processus, vous êtes très libre, vous pouvez vraiment inventer un personnage.
En revanche, quand vous doublez un film d’animation où les voix originales existent déjà, c’est différent. Par exemple, pour Bowser dans Mario, je n’ai évidemment pas la voix de Jack Black. Sur la chanson, j’ai dû ramener le truc à moi, parce que j’étais incapable de faire ce qu’il fait : lui chante super bien, moi je ne suis pas chanteur. Je l’ai donc interprété de façon plus crooner. Et ça a très bien marché, c’est même devenu un mème, donc c’est génial. Mais globalement, quand vous doublez un film d’animation étranger, vous devez respecter le travail des comédiens en VO. On fait ce qu’on peut à l’intérieur de ce cadre. Quand j’ai doublé le général Kai dans Kung Fu Panda 3, interprété en VO par J. K. Simmons, je me suis aussi inspiré de ce que faisait Richard Darbois. Mais ça reste du doublage : on ne fait pas totalement ce qu’on veut.
Vous avez aussi retrouvé Benedict Cumberbatch pour deux films d’auteur assez surprenants, The Phoenician Scheme de Wes Anderson et La Guerre des Roses de Jay Roach. Pouvez-vous nous parler du doublage de ces deux films ?

Wes Anderson, c’est d’une précision extrême, avec un ton de comédie très particulier. On s’est donc vraiment calés sur l’original. J’étais très heureux de pouvoir travailler avec Boris Rehlinger, qui est un ami et un comédien exceptionnel. On est toujours meilleurs quand on bosse avec des gens qu’on connaît bien : on se porte, on s’écoute, on joue vraiment ensemble. Mais chez Wes Anderson, c’est un exercice de style très codifié, auquel il faut se conformer avec exactitude. Et j’ai adoré ça. Cela me permet d’aller vers une palette de jeu inédite. De faire quelque chose d’assez unique.

La Guerre des Roses était dirigé par Jean-Philippe Puymartin. J’ai eu la chance de travailler avec Anne Dolan, qui double l’extraordinaire Olivia Colman. Ce film fait partie de mes meilleurs souvenirs de doublage de ces dernières années. On a pu enregistrer tout le film ensemble avec Anne, qui est une formidable comédienne de doublage. On s’est beaucoup amusés. Les personnages sont tellement excessifs que c’est un vrai terrain de jeu. C’est toujours plus jubilatoire de doubler de grands acteurs que de mauvais, parce qu’il y a une matière incroyable à interpréter.
On a passé une semaine en studio, et c’était intense.
Chaque scène demandait de la finesse, des nuances. Avec la direction de Jean-Philippe, tout était extrêmement précis, mais toujours dans la bienveillance.
Vous allez avoir une grosse année en termes de doublage en 2026, avec notamment deux films très attendus : Dune 3 et Avengers Doomsday, si Wolverine et Doctor Strange sont présents. L’impatience est déjà là ?
Je n’ai qu’une hâte, c’est d’y retourner, de retrouver ces personnages, de refaire du Marvel. Je suis passionné par cet univers. Je suis tellement fier et heureux de pouvoir incarner ces figures-là en doublage. Wolverine et Doctor Strange sont dans le comics, donc a priori je devrais faire les deux. Il n’y a pas de raison que ça ne se fasse pas. J’en parlais encore cet après-midi avec mon copain Alexis Victor, qui double Loki et Rocket Raccoon : ça ne pose aucun problème qu’il fasse deux voix dans le même univers. Et moi non plus, je ne les travaille pas du tout de la même manière, ni dans l’énergie ni dans la voix. […] Je suis comme tous les geeks : j’attends ça avec impatience, et j’attends aussi Secret Wars.
Je me régale aussi sur Javier Bardem. C’est un des acteurs que je préfère doubler. J’ai beaucoup de chance, parce que j’aime les acteurs que je double : Hugh Jackman, Javier Bardem, Benedict Cumberbatch, Tom Hardy, Jeffrey Dean Morgan, Joel Edgerton… Tous ces gars-là, c’est un bonheur. Ce sont des acteurs que j’aime, que je respecte et que j’admire. Quand vous doublez d’immenses comédiens, il ne faut surtout pas se mettre la pression : ils vous donnent tout. Il n’y a plus qu’à les écouter et essayer de respecter ce qu’ils ont fait. C’est un vrai plaisir.
Jérémie Covillault est actuellement en tournage pour la saison 3 de Pax Massilia. Vous le retrouverez aussi le 18 février au cinéma dans le film d’Anthony Marciano Le Rêve Américain aux côtés de Raphaël Quenard et Jean-Pascal Zadi.
Prochainement, il débutera le tournage de Fantômas, le nouveau film de Frédéric Tellier avec notamment Guillaume Canet, ainsi que Pourquoi pas nous de Mélanie Auffret avec Benoît Poelvoorde.
Pour aller plus loin
* Jérémie Covillault nous parle du doublage de Deadpool et Wolverine ainsi que de son petit rôle dans Le Comte de Monte-Cristo ici.
* Jérémie Covillault nous parle du doublage de Doctor Strange in the Multiverse on Madness ici.
* Ma critique de N121 – Bus de nuit est à retrouver ici et celle d’Anaon ici.
* Mon interview making-of de la série Anaon avec le réalisateur David Hourrègue est à retrouver ici.
