[CRITIQUE] – PÉCHERESSES : LAISSEZ-VOUS TENTER, ET AU DIABLE LA BIENSÉANCE ! 

Les démons de minuit ne sont rien en comparaison des Pécheresses ! Dans cette fiction inédite d’OCS Signature, menée par la main veloutée de la réalisatrice Charlotte Sanson, un groupe de jeunes filles se rebelle contre l’autorité d’un couvent après qu’une nouvelle arrivante y sème le trouble.
Entre transgressions, passions amoureuses et questionnements sur l’adolescence, Pécheresses est une gourmandise aussi drôle qu’émouvante, pleine de tendresse et d’élan. En somme, une série délicieusement diabolique, qui sent bon le péché.

Synopsis
Cassidy, rebelle de 17 ans, se fait virer de la caravane familiale pour avoir posté des vidéos sur un site de camgirls alors qu’elle est encore mineure. Sa mère l’inscrit dans un internat catholique pour la punir : Cassidy doit se racheter une conduite en s’intégrant dans ce pensionnat aux règles strictes.
Pour la première fois, Cassidy va se faire de vraies amies. Mais elle va aussi renouer avec la religion, tomber amoureuse d’une aspirante novice, faire entrer un garçon dans le foyer et surtout y installer la fibre, ouvrant la boîte de Pandore : Internet.

Les ados contre le reste du monde

La jeunesse n’a plus aucun secret pour eux. Co-créatrice de la série Netflix, Les 7 vies de Léa, la réalisatrice Charlotte Sanson dévoile Pécheresses, une comédie dramatique irrévérencieuse et impétueuse, absolument exquise dans son insoumission aux codes et aux représentations traditionnelles (si vous êtes pro-Trump, fuyez : vous n’en sortirez pas indemne !). Car toute la flamboyance de la série est là : dans sa foi inébranlable qu’on peut rire de tout, de toutes les situations, avec bienveillance et humanité.
À travers le miroir de l’adolescence, incarné par Cassidy, son héroïne, et la galerie de personnages gravitant autour d’elle, Charlotte Sanson explore les vertiges identitaires au cœur d’un lieu insolite : un couvent où certaines jeunes femmes ont trouvé refuge après avoir été abandonnées par leurs parents ou pour poursuivre leurs études dans un cadre supposément propice au calme. Le calme avant la tempête. Puisque Cassidy, camgirl, débarque dans cet environnement aussi rigide que fragile. Et elle va mettre un grand coup de pied dans la fourmilière, flirtant avec la désobéissance et la tentation du corps, bousculant les certitudes et les dogmes.
Personnage touchant dans sa caractérisation, Cassidy dissimule derrière son goût du désordre un chaos intérieur bien plus vaste. Elle devient alors l’incarnation de cette jeunesse abîmée : celle où se transmettent toutes leurs interrogations. Qui est-on vraiment ? Quelle est notre orientation sexuelle ? Comment savoir vers qui l’on est attiré ? Qu’est-ce qui nous définit concrètement ? Comment s’accepter lorsque l’on ne sait pas encore qui l’on est ?

Ce sont aussi ces nouvelles amitiés, nées au sein du couvent, qui vont sauver Cassidy. Autour d’elle gravite une galerie de personnages particulièrement bien dessinés : Malika (Rita Benmannana), en couple avec Gaspard (Lou Sériot), qui deviendra Juliette pour pouvoir rester au couvent ; Marie-Cécile (Ninon François), qui se libère peu à peu au contact de Cassidy ; ou encore Sidonie (Sonia Bonny), entièrement dévouée à sa foi, et pourtant troublée par la liberté de Cassidy, alors qu’elle s’apprête à prononcer ses vœux.
Chacun, à sa manière, nourrit la réflexion autour de la différence, de l’acceptation de soi, de l’avenir et de la foi. Comment la religion – musulmane ou chrétienne – façonne-t-elle nos choix et nos désirs ? Comment concilier foi et sexualité ? Comment savoir si l’on est véritablement libre ?

La foi détermine-t-elle notre chemin de vie ? Quel avenir imaginer lorsque tout semble déjà tracé ou, au contraire, perdu ?
En parallèle, les filles feront face aux dangers du numérique, exposant ainsi le thème du harcèlement en ligne et la violence masculine dissimulée derrière les écrans – une violence qui, parfois, déborde jusque dans la vie réelle. Intense, et tristement actuel.
Et nous-mêmes, en tant que spectateurs, nous sommes amenés à réfléchir. À nous. À nos comportements. À notre condition. Et, pour les hommes en particulier, à tout ce qu’il reste impérativement à déconstruire : notre regard, nos réflexes, notre vision du monde.

Le seul véritable bémol de Pécheresses tient au fait qu’elle semble pensée pour se prolonger sur au moins une seconde saison. Certains sujets/thèmes sont ainsi seulement effleurés, sans conclusion qui leur soit propre. En multipliant les sous-intrigues, la série laisse poindre une frustration face aux nombreuses questions qu’elle soulève sans toujours y répondre. C’est d’autant plus regrettable que l’écriture est sublime : subtile, intelligente, audacieuse dans ce qu’elle explore, dénonce et provoque.

La réalisation est à l’image de la série : fraîche, colorée, profondément vivante. Surtout, elle se montre d’une grande délicatesse envers ses interprètes. Un véritable espace est laissé au jeu, favorisant une liberté de mouvement et donc une sincérité palpable. La caméra capte avec une sensibilité rare les regards, les doutes, les espoirs de ces jeunes filles en quête d’identité. Une forme de tendresse traverse chaque plan, parce que Charlotte Sanson cherche, avec bienveillance, à mettre en lumière ces héroïnes modernes, au-delà des certitudes et des jugements.
Soutenue par le travail du directeur de la photographie Victor Zebo, issu du cinéma indépendant et artiste engagé, la série se pare d’une lumière qui sublime les visages et les corps sans jamais les figer.

Il en émane un amour manifeste pour l’être humain, en accord avec les revendications sociétales fortes et assumées du récit. Ensemble, ils libèrent des femmes d’une beauté (intérieure) à couper le souffle – une beauté qui naît avant tout de leur vérité.

Les Pécheresses

Dans le rôle de Cassidy, Léonie Dahan-Lamort est tout simplement transcendante. Habituée à livrer des interprétations habitées, dans tous les registres – cinglants, espiègles, humoristiques ou émouvants – elle confirme ici son talent pour incarner des personnages complexes et/ou étincelants. Fidèle aux rôles de jeunes femmes rebelles, sapant l’autorité et, de temps en temps, un peu « chieuses », elle défend une héroïne arc-en-ciel avec ce même flegme et cette même détermination, entre émotion et sauvagerie.
Quasi-modèle LGBT, la comédienne porte une voix importante, sans tricher, avec beaucoup de conviction et de promesse. Singulièrement, Léonie propose déjà une filmographie dense, foisonnante, en écho avec ce qu’elle, et séduit dans son jeu par un charme et un naturel unique. 

Les autres comédiens/comédiennes, Rita Benmnnana, Lou Seriot, Ninon François, et Sonia Bonny, livrent à la fois des performances audacieuses et d’une justesse époustouflante. Chacun d’entre eux parvient à donner une émotion vive et sincère à leurs personnages, leur offrant une authentique dimension tragique. 
Dans leurs yeux, il se passe quelque chose. On y lit une jolie pudeur et cette lueur provocatrice – au sens noble du terme – qui traduit l’affirmation de soi face au monde. C’est la force de cette génération d’acteurs, prête à en découdre avec l’avenir. Jouer dans cette série en est la preuve ! Devenir une pécheresse également ! Un mélange de vérité, de courage et de grandeur. Et c’est magnifique ! 

Conclusion

Dans un contexte où les femmes et les personnes LGBT+ sont menacées et invisibilisées par l’extrême droite et les mouvances masculinistes de plus en plus agressives, Pécheresses apparaît comme une série nécessaire. À l’instar d’autres fictions ou quotidiennes françaises, elle participe à faire grandir la diversité dans nos contenus télévisés et à faire naître des héroïnes trop longtemps ignorées.
Si certains pourraient lui reprocher de ne pas développer toutes ses idées jusqu’au bout, la série reste un véritable repaire de réflexions pour celles et ceux qui s’interrogent sur leur sexualité, leur identité (de genre aussi) ou leur foi. Avoir à l’écran des personnages qui nous ressemblent, qui traversent les mêmes questionnements que nous, ouvre la voie à l’introspection et à la réflexion – est déjà un immense cadeau. Et c’est le plus beau rôle de l’art.
Au-delà de ces aspects, Pécheresses est aussi une bouffée d’oxygène sur le plan artistique. Sa mise en scène, sa photographie et son souffle créatif respirent la joie de vivre et une volonté de croquer la vie à pleines dents – un luxe dont nous avons tous cruellement besoin.

Pécheresses, dès le 3 mars sur OCS.

* Mon interview avec Léonie Dahan-Lamort est à retrouver ici.

Casting : Léonie Dahan-Lamort, Rita Benmnnana, Lou Seriot, Ninon François, Sonia Bonny, Mireille Herbstmeyer, Lumir Brabant, Andréa Lovitch, Romane de Stabenrath, Justine Grave, Anne-Elodie Sorlin, Inès Ouchaaou, Cypriane Gardin…