[CRITIQUE] – ZODIAQUE : NOUVELLES FAMILLES, NOUVEAU TUEUR, NOUVELLE VENGEANCE

Vingt ans après l’arrestation puis la mystérieuse disparition du premier Zodiaque, le cauchemar semble recommencer. Une nouvelle série de meurtres visant les familles Escoffier, Lombardi et Lefur ravive le souvenir du tristement célèbre tueur en série Marc Rousseau.
Pourquoi le malheur s’acharne-t-il sur elles ? Quels secrets cachent-elles depuis toutes ces années ? De quoi le tueur cherche-t-il à se venger ? Et surtout, quel lien, s’il y en a un, entretiennent-elles avec l’ancien Zodiaque ?

Note : La critique est celle des quatre premiers épisodes de la série. TF1 ne nous ayant pas envoyé les deux derniers afin de préserver, même chez les journalistes, la surprise quant à la révélation de l’identité du tueur. Les filous ! 

Un gigantesque Cluedo familial

« Les enfants paieront pour les crimes de leurs parents. » C’est par cette promesse glaçante que le Zodiaque signe son premier meurtre : celui de Juliette Lefur (Emmie Poinsot), fille du procureur Fanny Lefur (Catherine Marchal), alors qu’elle s’apprêtait, le jour même, à épouser Adrien Escoffier (Alex Doux), héritier de l’une des familles les plus influentes d’Aix-en-Provence. Un compte à rebours est alors lancé. Une vague d’assassinats s’abat successivement sur les familles Escoffier, Lombardi et Lefur. À partir de cette prémisse, les auteurs Franck Ollivier, Sophie Dab, Charlène Galan et Malina Detcheva tissent une intrigue particulièrement dense et complexes. Révélations, trahisons et secrets de famille s’enchaînent sans relâche, brouillant constamment les pistes pour mieux entraîner le spectateur vers de nouvelles fausses directions.
L’ensemble compose un thriller aux ingrédients familiers mais efficaces : des familles en apparence irréprochables dont les failles émergent peu à peu, une bourgeoisie qui se fissure sous le poids de ses mensonges, une multitude de suspects dont les crimes n’ont parfois aucun lien avec le Zodiaque, et une succession de mystères à résoudre.
Un bémol subsiste toutefois concernant la dimension ésotérique mise en avant. Celle-ci demeure finalement assez discrète et les énigmes, relativement peu nombreuses, peinent parfois à marquer les esprits. Néanmoins cette faiblesse est largement compensée par la richesse des dynamiques familiales. Confessions, confrontations et règlements de comptes rythment le récit et plongent le spectateur au cœur de la psychologie des personnages. Et c’est peut-être là que réside la véritable force de la série. Lorsque tout repose sur les personnages et leurs blessures, l’impact émotionnel gagne en intensité. Ici, chaque protagoniste cache un secret, et ces zones d’ombre se révèlent finalement bien plus captivantes que les énigmes elles-mêmes.

Là où la série se montre également intéressante, c’est qu’elle n’oublie jamais son héritage. Ce nouveau Zodiaque entretient des liens directs avec la version de 2004, au point d’influencer le destin de l’une des familles au cœur de l’intrigue. Il est d’ailleurs peut-être conseillé d’attendre la mise à disposition en replay de la première série sur TF1+ afin d’éviter tout spoiler concernant l’identité du Zodiaque originel. Cela dit, cette nouvelle mouture reste parfaitement accessible aux spectateurs qui n’auraient jamais vu l’œuvre de 2004. Cette continuité évoque par moments la franchise Scream. Comme dans la saga imaginée par Kevin Williamson, un nouveau tueur s’approprie la figure emblématique d’un assassin du passé tandis que d’anciennes blessures continuent de hanter certains personnages. Les liens entre les deux œuvres se tissent progressivement sans jamais empêcher cette nouvelle histoire d’exister par elle-même, avec sa propre identité et ses propres enjeux.

Côté réalisation, Bruno Garcia exploite pleinement la lumière d’Aix-en-Provence en la faisant constamment dialoguer avec l’horreur des événements. L’image, baignée de soleil, séduit d’abord le regard pour mieux tromper le spectateur. Car derrière les couleurs éclatantes du Sud se cache pourtant la menace d’un tueur insaisissable. Cette opposition permanente entre douceur apparente et violence latente nourrit une tension fascinante et inquiétante.
Le réalisateur peut aussi compter sur le travail du directeur de la photographie Samuel Dravet. Ensemble, ils façonnent une atmosphère de suspense qui accompagne aussi bien les révélations que l’urgence grandissante de l’intrigue.

Par le choix des cadres, l’utilisation des espaces et une mise en scène constamment en mouvement, ils insufflent un véritable rythme au récit.
Cette énergie se retrouve également dans les nombreuses confrontations verbales qui jalonnent la série. Un exercice loin d’être évident lorsque l’essentiel de la tension repose davantage sur les dialogues, l’enquête et les secrets des personnages que sur l’action pure. Pourtant, la mise en scène parvient à donner du souffle à ces échanges, tandis qu’un montage nerveux en accentue encore l’intensité et contribue à maintenir le spectateur en haleine.

Conclusion

Un retour prometteur pour ce Zodiaque version 2026, à condition que les deux derniers épisodes soient à la hauteur du dénouement attendu. Pour l’heure, les quatre premiers épisodes remplissent leur mission : proposer un thriller percutant par le biais de solides enjeux dramatiques, une tension constante et des personnages soigneusement caractérisés. Les auteurs s’amusent avec la mythologie de la série, et ils le font avec intelligence. Celle-ci n’est jamais convoquée dans un simple objectif nostalgique ou comme un argument marketing, à la manière de certaines franchises américaines. Au contraire, elle s’intègre naturellement à l’intrigue et nourrit le récit sans jamais l’étouffer.

La série est portée par un casting d’acteurs confirmés (Lannick Lautry, Erika Sainte, Marie Delterme, Athur Jugnot, Marie-Christine Barrault ou encore Annelise Hesme…) – qui insuffle cette expérience avec bienveillance et offre une palette de jeu ahurissant dans cette traque du Zodiaque – mais aussi d’une jeune génération (Philypa Phoenix, Zoï Séverin, Alex Doux, Abdellah Boujalah, Blandine Papillon…), qui apporte une nouvelle vision de l’interprétation et une sensibilité unique au jeu. Là aussi, cette confrontation des générations articule un tout cohérent.
Quant à Francis Huster, qui reprend ici le rôle d’Antoine Keller, il redonne toute sa force à cette figure emblématique de la télévision française. Froid, méthodique et insaisissable, il impose sa présence à l’écran avec une autorité naturelle. Son duo avec la jeune enquêtrice incarnée par Philypa Phoenix apporte par ailleurs une dynamique étonnante et détonante.

Zodiaque dès le 18 juin sur TF1.