[INTERVIEW] – ZODIAQUE – PHILYPA PHOENIX, SUR LA TRACE DU TUEUR EN SÉRIE : « Pour construire le personnage de Nadia, je me suis demandé comment faire en sorte qu’elle ne ressemble pas à mes précédents rôles »

Vingt ans après avoir passionné des millions de téléspectateurs, Zodiaque fait son grand retour avec une nouvelle intrigue mêlant secrets de famille, suspense et meurtres. Aux côtés de Francis Huster, qui reprend le rôle emblématique d’Antoine Keller, Philypa Phoenix incarne la capitaine Nadia Roman, une enquêtrice déterminée à faire éclater la vérité.

Pour l’occasion, la comédienne revient sur son arrivée dans cette nouvelle aventure, son travail de préparation pour incarner une policière crédible ou encore sa rencontre avec Francis Huster. Un échange passionnée autour du métier d’actrice et de l’amour des mots.

Vous étiez encore adolescente lorsque la première saison du Zodiaqueest sortie en 2004. Quelle sensation cela fait-il d’être aujourd’hui, vingt ans plus tard, l’une des têtes d’affiche de cette version 2.0 ?
C’est un honneur. C’est vrai que j’avais suivi cette première saison avec ma famille à l’époque, comme des millions de Français. Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, je participerais à cette nouvelle aventure. Ma famille a encore du mal à y croire eux aussi (rire). Ils attendent la diffusion avec impatience pour réaliser que cela s’est vraiment produit, d’autant plus qu’ils sont fans de Francis Huster.
Je suis très heureuse d’avoir participé à ce projet d’envergure et d’avoir été entourée d’une équipe absolument formidable, d’un partenaire de jeu, Francis, extrêmement généreux, ainsi que d’autres comédiens tout aussi sympathiques et professionnels.

Qu’avez-vous ressenti personnellement à la lecture du scénario de cette nouvelle version, très riche et très dense ?
Je vous avoue que j’étais sur la fin d’un tournage lorsque mon agent m’a appelée pour me dire qu’on me proposait le rôle de la capitaine Nadia Roman, sans passer de casting, et que je jouerais en binôme avec Francis. J’étais surprise. Mais j’ai quand même dit à mon agent que je souhaitais lire le scénario, parce que j’imaginais bien que Francis n’avait pas accepté un projet s’il n’était pas de qualité.
Ma première réaction a été de me dire : « Waouh, OK, ils ont vraiment su faire renaître la franchise avec une intrigue très contemporaine. » D’autant plus qu’aujourd’hui, les spectateurs ont accès à énormément de séries. Ils ont développé un regard plus averti, plus critique, ce qui est une bonne chose. Et il y a toute cette tension autour de l’intrigue qu’on recherche tous. D’ailleurs, je vous avoue que lorsque l’on reçoit des scénarios, surtout dans le registre du thriller, on parvient souvent assez vite à deviner qui est le ou la meurtrière. Mais là, je me demandais réellement qui se cachait derrière tout cela. J’ai adoré vivre cette expérience de l’intérieur en me disant que si, dès la lecture, je n’arrivais pas à l’identifier, c’était plutôt bon signe.

Je savais que ça serait à la fois extrêmement riche et qu’il y aurait beaucoup de travail. Cela représentait aussi un véritable défi pour notre réalisateur, Bruno Garcia : réussir à créer une mise en scène permettant au spectateur de comprendre qui est qui, quelles sont les différentes familles et les liens entre les personnages. Dès que j’ai terminé ma lecture, j’ai appelé Bruno Garcia et nous avons échangé. J’appréciais déjà beaucoup sa patte de réalisateur et j’ai accepté très rapidement. C’était, selon moi, la meilleure personne pour sublimer le scénario à l’écran.

Vous n’avez pas passé de casting pour la série. C’est assez rare et une chance énorme.
J’étais extrêmement reconnaissante. En même temps, cela m’a fait plaisir parce que cela signifie que les gens me font confiance et que c’était, d’une certaine manière, une validation de mon parcours et de mes précédents projets. Je pense être quelqu’un de plutôt discret, mais quand je travaille, cela se voit. J’ai donc été très touchée que l’on remarque mon investissement et mon travail.

Dans Zodiaque, vous incarnez une nouvelle femme flic. Ce n’est pas la première fois que vous interprétez une policière à l’écran. Comment se prépare-t-on à jouer ce type de rôle pour être au plus proche de la réalité ?

Dès les premiers rôles de policière que j’ai interprétés, il était très important pour moi d’être crédible. Mon travail est donc d’abord passé par le corps, par une certaine posture, une certaine manière de se tenir. Aujourd’hui, grâce à YouTube, nous avons la chance d’avoir accès à de nombreux reportages sur les sujets qui nous intéressent. J’ai regardé beaucoup de documentaires et de reportages consacrés aux femmes policières. Je me suis également intéressée aux différents grades et à ce que signifie être policière aujourd’hui, en 2026, selon les services et les fonctions exercées. Je suis donc partie de là : me nourrir du réel, observer des femmes qui existent réellement.
Ensuite, la réalité, c’est qu’il n’existe pas une seule façon d’être policière. Pour construire le personnage de Nadia Roman, je me suis demandé comment faire en sorte qu’elle ne ressemble pas à mes précédents rôles.

Mon parti pris a été de lui donner beaucoup d’humanité, afin qu’elle ne soit pas seulement dans l’aspect informatif ou procédural. Je voulais trouver le bon équilibre entre une forme d’autorité naturelle, sans excès, et cette part d’humanité qui la pousse à chercher à comprendre les gens et leurs motivations. Et puis, pour créer un contraste avec Antoine Keller, il était important qu’elle conserve cette capacité d’empathie et d’écoute. J’ai donc construit Nadia à la fois en m’inspirant de femmes réelles et en travaillant son opposition complémentaire avec le personnage d’Antoine Keller.

Quand vous dites que cela passe par le corps, qu’est-ce que cela signifie exactement pour vous ?

Cela veut dire que, par exemple, quand on a un pistolet à la ceinture, on ne se tient pas de la même manière que lorsqu’on n’en a pas. Il y a des choses très précises à savoir. Quand on est en service, il y a une façon de placer ses pieds, par exemple, et on ne présente jamais son arme à quelqu’un que l’on interroge. La jambe côté arme est toujours placée à l’arrière.
C’était vraiment un travail autour de la posture : comment on se tient plus droit, comment on tourne la tête, comment on regarde les gens. Et aussi, très concrètement, lorsqu’on porte un gilet pare-balles, comment on court avec, par exemple.
Mais une fois que l’on a tous les accessoires et la tenue du personnage sur soi, cela aide à entrer dans sa peau et à se dire : « Là, j’y crois. »

Vous l’avez un petit peu évoqué, mais qu’est-ce qui vous a fait dire oui à ce personnage ?
Déjà, il y a cette idée de grade : elle est capitaine de police. Comme je le disais tout à l’heure, il n’existe pas un seul profil de femme policière. J’ai déjà interprété des lieutenants, mais jamais de capitaine. Je trouvais que cela ouvrait davantage de champs de possibles, en termes de responsabilités, de prise de décision et d’action. J’avais envie d’explorer ce que signifie le fait d’avoir une équipe sous ses ordres, de donner des directives, tout en étant en interaction avec Keller, qui reste tout de même commissaire.

Et puis, il y a eu l’opportunité de tourner avec un monument comme Francis Huster, ce qui m’a évidemment encouragée à accepter. Je savais que j’allais apprendre énormément de choses, et je suis toujours très curieuse et avide d’apprendre. Il y avait aussi l’envie de rencontrer de nouveaux comédiens. J’en connaissais déjà certains, mais la plupart m’étaient inconnus et j’avais très envie de les découvrir, notamment Érika Sainte, qui est une excellente actrice et une très belle personne. C’est donc aussi toute cette aventure humaine qui m’a donné envie de me lancer.

Qu’est-ce qu’on apprend humainement lorsqu’on incarne des femmes policières ?
On apprend que l’horreur peut se cacher dans des endroits absolument magnifiques, comme le sud de la France. Qu’il faut aussi un sang-froid incroyable pour ne pas commettre d’erreurs. Ce sont des métiers difficiles, qui demandent du discernement, de l’ancrage et une grande présence. Et finalement, on réalise que le mal peut se dissimuler là où on l’imagine le moins.

En tout cas, à travers ce personnage de Nadia Roman, j’ai beaucoup aimé sa détermination à vouloir connaître la vérité. Même lorsqu’elle est mise sur de fausses pistes ou confrontée aux rebondissements, elle reste droite dans son objectif. Il y a aussi cette notion de justice. On se dit que ce besoin de justice est un moteur extrêmement puissant chez l’être humain, comme chez Nadia, et qu’il peut nous porter très loin, jusqu’à l’épisode 6.

Vous partagez l’affiche avec Francis Huster. Pouvez-vous nous parler de votre première rencontre ?

Notre première rencontre a eu lieu lors d’une lecture, quelques mois avant le début du tournage. Il a été tout de suite extrêmement généreux et m’a dit cette phrase :
« Tu ne peux pas savoir comme je suis content de tourner avec toi. » J’étais très surprise, parce que je n’imaginais pas que Francis Huster connaisse mon existence.
Puis, nous avons eu notre première journée de tournage, où Nadia Roman retrouve Keller dans sa montagne, seule avec son chien, reclus. C’est une scène assez charnière. Nous tournions vraiment ensemble pour la première fois, et à la fin de la journée, il m’a regardée et m’a dit : « Sincèrement, je suis très heureux, parce que j’ai l’impression qu’on se connaît depuis toujours, ça va le faire. » Et j’ai ressenti exactement la même chose. Cela m’a immédiatement mise en confiance, parce que Francis, malgré la carrière qu’il a, est quelqu’un de profondément passionné, avec une énergie presque adolescente.

Il ose explorer, et cela donne envie de faire de même. Il n’est pas du tout dans une posture de sachant : il ne dit pas comment il faut jouer, au contraire, il donne le sentiment d’avoir encore beaucoup à apprendre. On a vraiment été dans un espace de création au service de l’histoire, et c’est ce que j’ai particulièrement aimé.

Si j’ai la chance de jouer aussi longtemps que lui, j’aimerais moi aussi continuer à me lever chaque matin avec cette même énergie – lui se lève à 5 heures tous les jours – et garder la sensation que c’est la première fois que je fais ce métier. C’est important de se rappeler que la passion n’est pas un défaut. Dans nos sociétés, on peut parfois considérer les personnes passionnées comme « trop ». Pourtant, Francis, à 78 ans, est passionné comme au premier jour, avec une énergie incroyable.
Ce que j’en retiens, c’est qu’il ne faut jamais perdre son feu sacré. C’est essentiel.

Il a aussi un rythme de jeu et une tonalité singulière qui lui sont propres, notamment parce que c’est un homme de théâtre. Est-ce évident de s’y adapter ?
C’est une question extrêmement intéressante, parce qu’effectivement, Francis a parfois eu envie d’explorer davantage. Il le dit lui-même : il parle de la différence entre « incarner » et « interpréter ». Au théâtre, il interprète, et à l’image, il cherche à incarner. Et en même temps, il reste pleinement lui-même. De fait, cela ne m’a pas surprise. D’autant plus qu’il porte ce personnage de Keller depuis plus de vingt ans. Même s’il l’a beaucoup fait évoluer aujourd’hui, avec le temps et les expériences, il a une autre dimension. Francis lui-même a changé, en tant que personne. Je n’ai donc jamais été dérangée par son jeu ou par son approche, que je trouve singulière et justement très intéressante.

Il a aussi cette qualité : dès qu’il ouvre la bouche, on est obligé de l’écouter. Son amour des mots, je l’ai vraiment ressenti comme quelque chose qui m’a permis d’être en écoute active pendant les scènes. Parce qu’au fond, jouer, c’est écouter, répondre, écouter, répondre. On joue avec les autres, on ne joue pas seul. Je trouve ça passionnant, au contraire, parce qu’il aime profondément les mots. Et moi aussi. Les mots construisent notre réalité. Chacun sur sa planète, mais des planètes complémentaires.

Une dernière question : vous avez parlé du travail sur le corps, mais vous avez aussi été chanteuse. Est-ce que le travail sur la voix vous a aidée dans votre métier de comédienne ?
Oui, tout à fait. Cela m’a permis assez tôt de comprendre qu’en fonction de la manière dont on utilise sa voix, on ne transmet pas la même chose, que ce soit en termes d’émotion ou d’intention. C’est quelque chose que j’ai intégré rapidement en commençant ce métier. Selon les personnages et les situations, ma voix n’est pas placée de la même façon. Avoir cela dans mon bagage a été très précieux.

Il y a également la question de l’articulation. Il y a un an et demi, j’ai sorti un guide pratique pour acteurs débutants, dans lequel j’ai consacré deux pages à des exercices d’articulation. Le matin, j’aime bien faire quinze minutes d’échauffement. Quand on arrive sur un tournage tôt, qu’il fait froid et qu’on est à moitié réveillé, avec des répliques à dire, sans cet échauffement, on perd du temps, on peut bafouiller, se crisper. C’est Fabrice Luchini qui m’a inspirée sur ce point, après quelques jours de tournage avec lui il y a quelques années. Il m’expliquait qu’il faisait, chaque jour de sa vie, au minimum vingt minutes d’exercices d’articulation. Je pense que lorsqu’on est son propre instrument, il faut l’accorder, comme une guitare.

Zodiaque dès le 18 juin sur TF1.

* Ma critique de la série est à retrouver ici.

Synopsis
Les enfants paieront pour les crimes de leurs parents… À Aix-en-Provence, la riche famille Escoffier est frappée par une série de meurtres mystérieux qui portent la marque du Zodiaque, un tueur en série qui a sévi dans la région vingt ans plus tôt, mais que tous croyaient mort…

Casting : Francis Huster, Philypa Phoenix, Erika Sainte, Zoï Severin, Alex Doux, Lannick Gautry, Arthur Jugnot, Marine Delterme, Marie-Christine Barrault, Youcef Agal, Annelise Hesme…