[CRITIQUE] – BELPHÉGOR : IL REVIENT HANTER LE LOUVRE !

Les scénaristes Nils Antoine Sambuc, Thomas Mansuy et Mathieu Leblanc ressuscitent le mythe de Belphégor pour HBO Max, soixante ans après la mini-série de Claude Barma.
Mythologie, secrets familiaux, manipulations, trahisons : Belphégor version 2025 offre des nouveautés intéressantes, tout en restant plus proche de la série télévisée de 1965 et du roman d’Arthur Bernède que du film de Jean-Paul Salomé. Une bonne chose ?

Synopsis
Hafsa, une talentueuse restauratrice d’art fraîchement embauchée au Louvre, plonge en plein chaos lorsqu’elle tombe nez à nez avec un masque millénaire mésopotamien représentant le dieu de l’orage Belphégor. Soudain impliquée dans une série de disparitions inexplicables et dont elle n’a aucun souvenir, une course contre la montre s’engage pour elle au cœur du plus grand musée du monde. Pour faire éclater la vérité, Hafsa devra se battre contre ceux qui la traquent … et contre ses fantômes.

Fantôme du passé

Il y a une certaine inventivité dans cette réadaptation du roman d’Arthur Bernède, portée avant tout sur l’humain. Les auteurs affirment une histoire centrale basée sur la famille, sur les blessures du passé de son héroïne, Hafsa, et sur la difficulté des rapports entre les individus, souvent marqués au fer rouge par les drames de la vie. Avec cette nouvelle héroïne, les scénaristes s’éloignent donc des autres adaptations et proposent un nouvel angle, un nouveau point de vue, une réinvention des origines de Belphégor, de son impact, ainsi que des motivations de tous les protagonistes, différentes de celles de la série de 1965 ou du film de 2001.
L’intrigue, plus précisément, réserve quelques belles surprises et de jolis rebondissements. On y découvre une héroïne à bout de nerfs, poursuivie et manipulée alors qu’elle tente désespérément de comprendre ce qui lui arrive. Sur ce terrain, Nils Antoine Sambuc, Thomas Mansuy et Mathieu Leblanc déploient alors une énergie formidable et redoublent d’ingéniosité pour induire en erreur leur héroïne comme le spectateur, nous plongeant dans l’intimité tourmentée d’Hafsa. Éreintant ! Sur ce point, c’est une réussite.

Néanmoins, la caractérisation des personnages constitue parfois le point faible de cette narration « humaine », au point que certains finissent par faire office de figurants, à l’image de Charles Moreau (Kad Merad), le père adoptif d’Hafsa (Shirine Boutella), ou d’Élise Wagner (Aure Atika), qui n’ont finalement pas grand-chose à défendre. Les dynamiques entre Hafsa et son père adoptif, ou entre Joseph Bellegrade (Vincent Elbaz) et Élise, son ex-femme, sont pourtant intéressantes. Mais elles ne sont jamais exploitées à leur véritable potentiel, survolant problèmes et conflits de manière trop simpliste. D’autant plus que le personnage de Joseph Bellegrade possède un background très prometteur, marqué par une expérience professionnelle tragique.

Tout cela donne l’impression d’avoir été ajouté afin de permettre aux protagonistes d’exister un peu dans ce grand tout et, bien que certaines histoires personnelles s’imbriquent dans l’intrigue, l’ensemble manque d’épaisseur pour susciter un authentique investissement émotionnel auprès des spectateurs. Il en va de même pour l’antagoniste de la série, Luc Trivic (Nicolas Briançon), dont la seule motivation semble être… d’être méchant.
Si la complexité dramaturgique ou émotionnelle des personnages n’est pas poussée comme elle le devrait, le récit est largement tenu par l’interprétation des acteurs. Et Nicolas Briançon est un acteur : avec peu, il fait beaucoup. Il tient son personnage par sa seule présence et son charisme. Cela vaut aussi pour Vincent Elbaz, Aure Atika ou Tiphaine Daviot. On ne peut leur reprocher ni leur engagement total, ni la justesse irréprochable de leur jeu. Sans eux, il est évident que la série ne serait pas la même.

Ô mon Louvre !

Sur la réalisation, Jérémy Mainguy (Panda) suit les auteurs dans ce brouillard entre réalité et surnaturel, misant – comme l’avait fait Claude Barma – sur une esthétique de thriller fantastique : jeu d’ombres, ambiance inquiétante aussi bien dans les décors que dans la psyché des personnages, passages secrets et mythologie troublante. L’iconisation de Belphégor, par exemple, à la fin de l’épisode 1 est absolument sublime.
Parallèlement, il existe une volonté indéniable de faire rayonner notre patrimoine culturel et le Louvre, l’un des monuments historiques les plus visités au monde. Jérémy Mainguy parvient à capter toute la beauté du musée et à lui rendre hommage à travers une histoire qui, elle aussi, lui confère cette aura magique.

Mais le réalisateur conjugue également cette splendeur avec un véritable sentiment d’oppression, grâce au caractère labyrinthique du lieu et à ses dimensions immenses, qui renforcent le mystère du récit, sa puissance qui nous dépasse, nous écrase, et sa tension dramatique.

Il ne faut pas négliger le travail du montage, orchestré par Bertrand Nail (Panda, Made in France…), qui dynamise à la fois les séquences d’amnésie/réveil de Hafsa (entre Louvre et appartement) et les courses-poursuites au sein du musée, de ses galeries ou de ses souterrains. Un travail titanesque de mise en scène et de montage, alliance parfaite, conçu pour troubler le spectateur en désorganisant les frontières du réel et du fantastique, et créer l’illusion d’une fluidité totale à l’image puisque, vous vous en doutez, il est évidemment impossible – pour des raisons de sécurité – de tourner un véritable parcours continu au cœur du Louvre.

Conclusion

Bien que la série s’offre quelques raccourcis dans son intrigue et la caractérisation de certains personnages, la mini-série d’HBO Max remplit pleinement son rôle de divertissement. On se laisse aisément happer par cette enquête aux frontières du mysticisme, dans un endroit irréel, le Louvre, et aux côtés d’une héroïne attachante.
Les fans d’Arthur Bernède et de Claude Barma apprécieront ce jeu perpétuel entre vérité et croyance, cauchemar et psychologie, entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ainsi que le réalisme du dénouement. Les autres reprocheront peut-être à la série de ne pas embrasser totalement le versant fantastique du mythe et, de ce fait, de ne pas assumer un parti pris plus radical : celui de ne pas toujours expliquer l’inexplicable ou de laisser l’extraordinaire prendre le dessus.

Belphégor dès le 11 décembre sur HBO MAX.

. Mon entretien avec le réalisateur Jérémy Mainguy et à retrouver ici.
. Mon interview avec la comédienne Shirine Boutella est à retrouver ici.
. Ma conversation artistique avec le scénariste Thomas Mansuy est à retrouver ici.

Casting : Shirine Boutella, Vincent Elbaz, Aure Atika, Kad Merad, Nicolas Briançon, Tiphaine Daviot, Laurent Bateau, Bellamine Abdelmalek, Kevin Garnichat…

2 commentaires sur “[CRITIQUE] – BELPHÉGOR : IL REVIENT HANTER LE LOUVRE !

  1. Bonne critique comme souvent du Captain ,en 2022 , j’étais sur un projet de série du même sujet avec Maxime Chattam au scénario, Isabelle Adjani , sous la direction de Josée Dayan. Mais ça n’a pas abouti , dommage … j’avais commencé à plancher sur la représentation du masque , projet qui m’aurait bien motivé.

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