FESTIVAL DE DEAUVILLE 2019 / LA CONFÉRENCE DE PRESSE DE KRISTEN STEWART ET YVAN ATTAL

Un des événements marquants de ce 45ème Festival du Cinéma Américain était la venue de l’actrice Kristen Stewart à Deauville, laquelle présentait le film en compétition de Benedict Andrews, Seberg, où elle incarne Jean Seberg, comédienne principale d’À bout de souffle et icône de la Nouvelle Vague, qui fut l’une des victimes du programme de surveillance COINTELPRO, mis en place de la FBI. Son engagement politique et romantique avec l’activiste des droits civiques Hakim Jamal fit d’elle une cible idéale qui permit au FBI de lancer une campagne de dénigrement à son encontre afin de discréditer le mouvement de revendications du Black Power.
Yvan Attal était également présent lors de la conférence de presse, puisque ce dernier avait un petit rôle dans le long-métrage, celui de Romain Gary, le compagnon de Jean Seberg.

POLITIQUE ET MOUVEMENT ME TOO

Kristen : Les politiciens sont vraiment divisés sur la question raciale et c’est assez facile de voir de quel côté je penche, c’est comme si je « portais » mes convictions. Vous savez, par exemple, que je ne soutiendrais jamais Donald Trump. Je suis pour l’égalité, l’ouverture d’esprit. La communication est importante pour moi, elle me permet de m’exprimer sur ce que je crois, même si je ne vais pas crier sur tous les toits pour qui je vote. Et par le biais de Jean Seberg, je pouvais être impliquée à mon niveau, sans pour autant représenter le mouvement.

ME TOO

Kristen, retrousse ses manches en rigolant et reprend un ton sérieux : Je pense que cela a éliminé la peur, qui empêchait les gens d’être créatifs. Enfin pas complètement mais bon… Il n’y a aucune « façon » de faire votre travail, en le voyant comme quelque chose que vous avez fait en étant « muselé » toute votre vie. C’est vraiment une drôle de période que l’on vit, tout va très vite maintenant. C’est comme si soudainement, vous vous réveillez et pouf la peur que vous ressentiez avait disparue. Enfin sauf pour ceux qui ont quelque chose à cacher. Cependant, les hommes et les femmes sont différents, et il faudrait reconnaître cette différence afin de rendre honnête ce que nous cherchons à faire. C’est important de souligner ces différences pour ne plus avoir peur. Je trouve cela très libérateur de pouvoir s’exprimer et travailler de la façon que l’on voudrait, sans être sujet à la peur.

Yvan : La situation en France est complètement différente. En tant que français, quand je regarde ce mouvement d’ici, je peux être parfois sidéré, halluciné, parce que j’entends, ce que je vois. À la fois il y a un mouvement de l’Amérique vers le politiquement correct, un mouvement insupportable pour moi, mais à la fois ce mouvement fait tomber des choses, avec violence, et je suis moi-même surpris de découvrir que le sexisme. Je découvre, grâce à la violence de ce mouvement, vraiment ce que je ne soupçonnais pas. Aujourd’hui, j’ai moi-même des filles, cela m’a éveillé, appris à faire attention et je regarde désormais les femmes de manière totalement différente. J’ai été abasourdi par tout ça. Mais quand même, d’un point de vue français, je trouve que tous ces mouvements ont des contreparties très très dangereuses et j’ai l’impression que l’Amérique y fonce tête baissée.

SEBERG ET CHARLIE’S ANGELS

On pourra vous voir jouer 2 rôles, Jean et Sabina, ont-elles quelque chose en commun ? Et si oui, lesquels? Que cherchaient-elles à explorer en incarnant ces personnages ?

Elizabeth Banks a réalisé Charlie’s Angels/Drôles de Dames et j’ai grandi avec ces films. Je me suis toujours dis que je voudrais être amie avec ces filles, rejoindre leur équipe. C’était amusant, je pense qu’il y avait un lien qui nous unissait, comme on dit « plus on est de fous plus on rit ». Je me sentais bien avec elles, il y avait quelque chose de chaud et rassurant à leur côté. Et puis, c’était une belle façon de raconter une histoire de façon féminine et un peu idiote/godiche/ridicule, mais avec un sentiment d’union et d’unisson entre les personnages, de sorte que seule on ne pourrait pas toujours gagner. Cependant, en groupe on serait invincible. C’est une belle histoire. Je ne connais pas exactement le lien entre ces personnages, il faudrait que je revoie tous les films, mais ils sont si différents que je ne sais pas si cela serait utile.

Préférez-vous jouer le rôle de personnes non-fictifs, et si oui comment prépareriez-vous pour ce rôle?

Je ne préfère pas l’un à l’autre. J’ai besoin de me sentir comme attirée par le personnage, comme si j’avais besoin de jouer dans ce film. Ce n’est jamais vraiment un choix, c’est plutôt un besoin. Comme quand vous lisez quelque chose et vous vous dites « j’ai besoin de faire ça! ». Et parfois, je ressens ça avec des personnages fictifs bien écrit, et des fois avec des personnages réels. Je pense que je ne voulais pas faire une incarnation parfaite de Jean. Il y a d’ailleurs quelques trucs dans le film que l’on peut trouver sur google, et je ressentais le besoin de les réussir à la perfection sans pour autant la copier totalement. C’est une lourde responsabilité de raconter l’histoire de quelqu’un. On était tous très touchés. On pouvait ressentir sa « présence » partout sur le tournage. Par exemple, à chaque fois que l’on voyait un chat entrer sur le plateau. C’était un sentiment assez impressionnant, rassurant et effrayant à la fois. Cela m’a beaucoup motivée pour donner le meilleur de moi-même. Ce sont les choses qui nous effraient un peu qui nous rendent meilleur, je trouve.

C’était comment de travailler avec Kristen?

Yvan : C’était très frustrant de venir pour si peu de choses, j’avais un rôle très secondaire, comparé à ce que je peux faire en France. J’avais envie de passer plus de temps avec Kristen, elle est la raison pour laquelle j’ai eu le désir de tourner dans ce film et, même si je suis fasciné par Romain Gary, son histoire, je la connaissais moins. Pour moi, c’était une expérience intéressante. Travailler à l’étranger, dans une langue étrangère, même si c’est assez compliqué, c’est toujours enrichissant d’aller dans un monde que l’on ne connaît pas, avec des personnes que l’on ne connaît pas surtout quand on travaille en France, et qu’on a une position et que tout d’un coup, on revient dans la peau d’un jeune acteur. Cette fragilité est toujours intéressante à retrouver.

Avez-vous ressenti cette « fragilité » lors du tournage en France ? Le fait de ne pas être la « star »?

Olivier arrive à créer cette atmosphère presque « close » lors du tournage donc, non, je n’ai pas ressenti ça du tout. Peut-être un peu après lors des conférences de presse etc… Mais j’apprécie tellement la France et la façon dont on perçoit les films ici. J’ai l’impression que qu’ici, le cinéma est moins considéré comme une industrie qu’aux Etats Unis. Le cinéma est une vraie culture populaire en France. Mais j’ai encore beaucoup à apprendre car, je suis loin d’être la cinéphile que je pourrais prétendre être comparé aux français.

JEAN SEBERG ET ROMAIN GARY

Kristen : Ils ont une grande différence d’âge. Je trouve que, au-delà de l’affection qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre, elle voulait apprendre des choses venant de lui. Leur façon de s’aimer était très avant-gardiste et progressiste. Je ne dis pas que leur relation était « libre », mais ils étaient honnêtes envers l’autre, ils arrivaient à mettre l’amour et la fidélité dans deux catégories différentes. Ils se souciaient l’un de l’autre, même dans les moments difficiles, leur histoire était belle et très intéressante.

Yvan : C’est une relation, et ça fait partie de la frustration que j’avais sur le film, c’est que je trouvais que le regard de cet homme sur cette femme, ça méritait d’être approfondit. En même temps, ce n’est pas histoire, étrangement, on m’a proposé un film sur une histoire d’amour entre Romain Gary et Jean Seberg, et je ne sais pas encore ce que je vais en faire. Ce qu’il y a de troublant, c’est le suicide de Romain Gary, quelques temps après celui de Jean Seberg. Personne n’est capable d’élucider le mystère. Qu’est-ce qui a poussé Romain Gary à se suicider? Est-ce parce qu’il a perdu cette femme qu’il a aimé comme un fou ou, aussi, parce que c’était un homme pas très tranquille? On a jamais su. Mais ils sont liés jusque dans leur mort.

Crédits photos et vidéos : Loïc Marie – capitainecinemaxx.fr

Kristen Stewart inaugurant sa cabine de plage

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