[FESTIVAL DE LA FICTION 2024] – FORTUNE DE FRANCE : ÉCHANGE AVEC LUCIE DEBAY, NICOLAS DUVAUCHELLE ET GUILLAUME GOUIX

« Fortune de France » est une des séries évènements de cette rentrée 2024. Présentée au Festival de la Fiction de La Rochelle en compétition, la série est repartie avec le Prix du Meilleur Acteur pour Nicolas Duvauchelle et Guillaume Gouix, le jury ayant souhaité récompenser les deux acteurs. Les lauréats ainsi que la comédienne Lucie Debay se sont confiés sur quelques points de cet projet titanesque.

Quelles ont été les éléments qui vous ont permis de vous plonger dans cette grande fresque historique ?
Nicolas Duvauchelle : À la lecture du scénario, j’avais déjà été conquis. D’autant que j’ai toujours voulu jouer dans une série historique. Pour me préparer, j’ai lu « Les Guerres de Religion, un conflit franco-français » d’Olivia Carpi – qui a fait un travail énorme de regroupement – et c’était très important pour se remettre dans le contexte historique de la série et parvenir ensuite à mieux retranscrire les émotions de l’époque. […] La série s’étale sur plusieurs années, il y a des changements de Rois, plus tolérants ou non avec les Huguenots, ce n’est pas évident à saisir. Et, pour nous, il est essentiel de connaître l’Histoire afin de ne pas la trahir. Ce qui me plaisait aussi, c’est l’aspect rural de la série. Nous ne sommes pas à la Cour du Roi, mais au cœur d’un domaine, dans l’une des campagnes de France.

Guillaume Gouix : Il est vrai que le scénario est puissant. Je me suis donc beaucoup concentré sur cette matière. Pour la série, nous avons fait de l’équitation, de l’escrime, de la calligraphie, ça nous a plongés dedans. Ce sont des aspects de la préparation qui nous permettent réellement de s’investir dans le récit. Mais il y avait aussi le pari de rester instinctif, pour que la série garde une modernité, notamment par rapport aux langages. Pour rebondir à ce que disait Nicolas, j’ai également apprécié le fait que la série ait ce côté terre-à-terre, presque en huis-clos dans le domaine des Siorac. Ça permet à l’histoire d’être palpable. De voir comment les grands évènements influent sur le quotidien des gens, comment ça les transforment, c’est certainement le plus intéressant dans « Fortune de France ».
[…] Pour mon personnage, je me suis raconté qu’il était un peu asexué. Je voulais qu’il y ait une ambiguïté qui outrepassait parfois son amitié avec Jean de Siorac. C’est un amour passionnel à jouer. À l’époque, me semble-t-il, c’était un lien légal d’être frère d’armes. Un lien officiel.

N.D : Ils ont un passé très lourd ensemble. Pierre de Sauveterre a même « perdu » une jambe. Jouer ensemble a été un bonheur. Tous ensemble d’ailleurs. Souvent, on entend dire que tout le monde s’est bien entendu sur un tournage alors que ce n’est pas le cas. Ici, je peux affirmer que c’était un tournage extraordinaire. Nous nous sommes amusés.

G.G : Ça me fait penser à quelque chose. Le fait que le réalisateur nous ait choisis nous deux avec Nicolas, qui sommes souvent assimilés à un côté moderne/bad-boys, en dehors du romantisme de l’époque, est audacieux. Il est allé chercher des contrastes pour raconter son histoire. Il n’a pas pris les jeunes premiers de France (rire).

Lucie Debay : Comme mes camarades, je me suis focalisée sur le scénario afin de comprendre cette fresque et le rapport à la religion. Je n’ai pas du tout été baignée dans la religion chrétienne. Ma mère est bouddhiste donc, j’ai été élevée dans cette religion. Apprendre les prières en latin, de manière automatique, a été une partie studieuse. Et puis, j’ai fait beaucoup de rendez-vous costumes, faits sur-mesure, pour trouver la silhouette d’Isabelle de Caumont. Ce fut passionnant de chercher la tenue, qui impose une contrainte. Il faut parvenir à trouver de la souplesse là-dedans, la vérité, ne pas jouer le costume.

On parlait de la relation entre les deux « frères » mais celle entre entre Isabelle de Caumont et Jean de Sioarc est magnifique.
L.D
: C’est ça qui m’a plu, comment elle résiste, comment elle tient à ses convictions. Elle le dit d’ailleurs, elle n’a pas d’autres armes, en tant que femme, que de croire. Si elle arrête de croire, tout s’effondre. Pour résister, elle le fait parfois avec humour. Je pense à cette scène où elle se fouette devant tout le monde, aussi par provocation. Et Guillaume a raison, cette série est captivante parce qu’elle montre les conflits se greffer jusque dans le lit conjugal. Ce sont des dilemmes très beaux à jouer. Ce qui est encore plus beau je trouve, c’est qu’elle a confiance en son amour pour elle. C’est parce qu’ils s’aiment qu’ils peuvent aller loin, que ce soit dans leurs affrontements que dans leurs excès amoureux. J’aimais, en parallèle, la relation qu’Isabelle a avec sa femme de chambre. Il y a une hiérarchie mais on sent qu’il y a une complicité.

Vous avez tourné dans le Périgord, et dans pas moins de 6 châteaux différents. Ce n’est pas évident de tourner par décor et de passer d’une scène à l’autre sans cohérence…

G.G : Ces lieux sont gorgés d’énergie, d’histoire, les murs transpirent quelque chose. Puis, y avoir accès une grande partie de l’année, sans touristes, juste entre nous, c’était fort. C’est un vrai voyage. Puis, c’est plus agréable de tourner en décor naturel que derrière un fond vert. Ensuite, ça fait partie de notre travail, nous nous ne tournons jamais de façon chronologique comme vous le soulignez. Donc, garder une continuité émotionnelle est une difficulté. Sur place, nous avions une scripte, Natacha, qui nous a aidés et guidés à cela.

N.D : J’adore visiter ce genre de lieux, savoir que des personnalités importantes de notre Histoire ont vécu ici ou là. De manière générale, j’adore l’Histoire. Ça me met tout de suite dans un état imaginaire, ça me fait rêver. La pièce de vie où nos personnages mangent ensemble, par exemple, où il y avait la cheminée d’époque mais aussi les tables, les chaises, c’était formidable. Il n’y a même pas besoin de jouer, nous sommes dedans.

L.D : Je rejoins totalement Guillaume et Nicolas sur le ressenti de ces lieux. Ils vous imprègnent dès que vous franchissez une porte. Tout le travail de la déco a été brillant. Il y a différents endroits qui m’ont marquée. Nicolas évoquait la salle commune. Il y a l’odeur, celle du lieu et des repas que l’on nous servait, la lumière, qui apportait une immersion totale. J’ai passé énormément de temps dans la chambre conjugale, un décor incroyable où j’observais longuement chaque élément. C’était inspirant ! J’étais comme une enfant propulsée dans un monde fantastique.

Ce qui est étonnant et rare en fiction télé, c’est la façon de jouer certains dialogues, parfois théâtrale. C’était perturbant au départ et complexe à appréhender ?
N.D : C’est peut-être la langue de l’époque qui donne cette impression et le fait qu’on parle moins vite. Mais c’était un exercice très agréable. Puis, ça donnait une tenue aux personnages, accentuée par la posture que nous devions avoir et les costumes. Christopher Thompson était à cheval sur le texte. Nous devions être à la virgule près. Une rigueur et une attention particulières dues au fait qu’il porte ce projet depuis longtemps. Il l’a conçu de A à Z, des plans à la création des costumes, etc. Sur le tournage, il était rincé. C’est rassurant pour nous, acteurs, d’avoir une personne impliquée à tous les niveaux et qui ne vient pas simplement prendre son chèque. Ça nous donne envie de l’accompagner à fond.

G.G : Chaque fois que nous tombions dans une manière de parler naturaliste, ça ne fonctionnait pas. Le texte ne le supportait pas. Pour nous, c’était davantage un kiff qu’autre chose. Effectivement, on sent que ce sont des textes et une littérature qui habitent Christopher depuis toujours. C’est un passionné. C’est une série d’auteur, son écriture, son histoire, son scénario. Ça paraît banal mais il y a souvent des créateurs qui écrivent et un réalisateur qui vient faire le technicien. Le fait que ce soit habité par lui, nous imprègne forcément. Et quand on a affaire à un passionné, ça déteint sur nous.

Petit interview réalisée au Festival de la Fiction de La Rochelle 2024.

Vous pouvez retrouver ma critique de la série ici.

« Fortune de France », actuellement en diffusion sur France 2.

Synopsis :
Périgord noir, 1557. Les guerres de Religion menacent la France. Derrière les remparts du Château de Mespech, cerné par un monde dangereux, hostile et intolérant, la famille Siorac se bat pour sa survie et ses convictions. Il y a la vie d’une communauté, les maîtres et les serviteurs, les parents et les enfants, les épidémies, les adversaires, les batailles et les deuils, la science et les superstitions et les histoires d’amour.

Casting : Nicolas Duvauchelle, Lucie Debay, Guillaume Gouix, Grégory Fitoussi, Blandine Bellavoir, Antoine Gouy, Simon Zampieri, Lou Lampros, Lucy Loste Berset, Angelina Woreth, Marcel Thompson, Oscar Pauleau, Aurore Broutin, Isabelle de Hertogh…

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