Adaptée du roman éponyme d’Olivier Norek, Surface s’impose déjà comme la série évènement de cette rentrée. Au cœur du village d’Avalone, en Aveyron, Noémie Chastain, flic défigurée après une intervention, est dépêchée sur place lorsque le squelette d’un enfant disparu vingt ans plus tôt refait surface. Dans cette petite communauté où tout le monde se connaît, non-dits et mensonges s’entremêlent, jusqu’à faire émerger des vérités enfouies. Un thriller aussi tragique que glaçant.
Sous la surface…
En 2001, la partie basse d’Avalone a été engloutie sous les eaux d’un lac de barrage. Aujourd’hui, le petit commissariat du village s’apprête à fermer ses portes. La capitaine Noémie Chastain est envoyée sur place pour rédiger un rapport sur cette fermeture. Mais, dans ce contexte délicat, un fût remonte à la surface… contenant le squelette d’un enfant disparu depuis vingt ans. Puis un second corps est découvert. Qui a tué ces enfants et pourquoi ? La macabre découverte crée l’effervescence. Aidée par Hugo Massey, plongeur de la brigade fluviale au caractère léger, Noémie Chastain se lance dans une enquête à la fois criminelle et intime, se déroulant autant à la surface que sous l’eau… un royaume où toutes les peurs s’exacerbent.

Écrit à quatre mains (Gaëlle Bellan, Marie Deshaires, Laura Piani et Catherine Touzet), Surface parvient à combiner brillamment thriller de disparition et drame intimiste. Si l’écriture scénaristique de la série est intrinsèquement agencée autour de l’adaptation littéraire du roman d’Oliver Norek, on sent néanmoins une certaine liberté dans les propositions et les choix de mise en scène. Un travail d’orfèvre, particulièrement soigné, qui vise à donner davantage d’ampleur à l’histoire, aux personnages, mais aussi à tout ce qui régit la composition des cadres et des ambiances.
La structure narrative, efficace, entraîne le spectateur dans une jungle de fausses pistes et dévoile peu à peu les tromperies des uns et la duplicité des autres, rongés par deux événements horribles : la disparition d’une partie de leur village et celle de l’enfant. En cela, les auteurs ont su retranscrire fidèlement cette tragédie, en saisissant toute la portée des enjeux et leurs répercussions sur chacun des habitants. Cela donne des personnages riches, denses, écrits avec finesse, et traversés par une enquête qui, là aussi, étoffera leur mal être ainsi que la délicatesse du drame.

Une investigation qui se tisse sur deux axes, dans deux univers distincts : le monde de la surface, où la culpabilité règne en maître, et celui des profondeurs, où les mensonges se dissimulent. Les scénaristes, associés au travail du réalisateur Slimane Baptiste-Berhoun et de son équipe technique, parviennent à bâtir des chaînes communes dont les personnages ne peuvent se détacher, en particulier notre héroïne.
En effet, l’eau possède un aspect intime. Pour les habitants du village, elle incarne un lien avec le passé, le deuil et la stagnation, un futur impossible tant que les vérités ne sont pas révélées. Pour Noémie, cela va plus loin. Au-delà de l’enquête, l’eau est une peur qu’elle doit affronter. On comprend, au fil des épisodes, à quel point son traumatisme est profond.
L’eau est un élément central. Dans les croyances populaires, elle symbolise à la fois la vie, la guérison et la pureté, mais aussi la destruction. Et toutes ces caractéristiques se retrouvent en Noémie : héroïne froide mais au cœur tendre, guérie physiquement mais toujours en proie aux cauchemars et à l’autodestruction. Dans ce cycle de la vie, elle se reconstruit à travers cette enquête où passé et présent s’entrelacent, comme un cadeau du ciel lui offrant la possibilité d’un avenir meilleur. Oui, le récit de Surface est nourri de symboliques, aussi bien dans le monde réel que dans les rêves de Noémie, ces derniers occupant une place essentielle dans sa construction et son évolution.
… et hors de l’eau.

Les personnages sont les atouts de la série. Noémie Chastain, flic dont les blessures du passé s’inscrivent sur un visage défiguré et qui porte le poids de lourdes culpabilités, est un personnage rare dans la fiction. Sa caractérisation est forte, son développement réel ; c’est un personnage auquel on croit d’emblée, doté d’une présence magnétique et bouleversante. Cela tient aussi à l’interprétation de Laura Smet, sublime : sa posture et ses regards éveillent immédiatement notre curiosité. Ses failles attirent comme un aimant, et la beauté fragile de ce visage marqué nous invite à la suivre.
Elle forme, par ailleurs, un duo charmant avec Tomer Sisley (Hugo Massey).
Sa personnalité frivole et cavalière insuffle une touche d’insouciance à la froideur du drame. Mais lui aussi dissimule ses blessures derrière sa carapace.
Tous les personnages sont figés dans le passé, prisonniers de la disparition des deux enfants, au point que leurs visages en portent la trace : des visages durs, marqués. Qu’il s’agisse de Théo Costa-Marin, Luc-Antoine Diquéro, Samuel Churin, Serpentine Teyssier, Olivia Brunaux, ou du reste du casting, tous livrent une justesse exceptionnelle qui transcende ce simple thriller pour en faire une œuvre d’une force émotionnelle brute.
D’autres comédiennes se distinguent également, à commencer par la jeune Eloïse Rey (L’Éclipse), promesse éclatante pour les années à venir, dont le regard ardent magnifie l’écran. Juliette Plumecocq-Mech, dans un second rôle à contre-emploi, y déploie quant à elle une intelligence de jeu remarquable.
Enfin, il faut souligner la qualité de l’écriture des gendarmes. Trop souvent, en fiction, le flic brillant est entouré de caricatures : policiers maladroits, relégués au rang de ressorts comiques. Clichés insupportables ! Ici, si la caricature affleure au départ, le contact avec Noémie Chastain les transforme : tous reprennent confiance et deviennent des personnages sensibles, attachants et dignes d’intérêt. Là encore, Otis Ngoi, Pauline Serieys et Quentin Laclotte-Parmentier apportent du relief à ces héros en sursis, intègres et investis.

La mélancolie irrigue cette série et ses personnages avec une force dramatique si puissante que l’histoire s’en trouve décuplée. Slimane Baptiste-Berhoun possède ce rare de distiller cette mélancolie à l’image et d’amplifier le tragique de ses héros grâce à une caméra proche, sans jamais être intrusive. Une caméra en quête de vérité, explorant à la fois la complexité des relations et l’âme des êtres humains, qu’il révèle à travers une direction d’acteurs pénétrante et éclairée. Sa réalisation se fait fusion entre technique et jeu, entre optique et environnement.
Mais sa mise en scène ne se limite pas à la dimension humaine : elle embrasse aussi le cadre, les décors (village, habitations, fermes…) et les paysages.
Avec Tristan Tortuyaux, son directeur de la photographie, il crée une osmose entre les habitants et leur milieu, instaurant une atmosphère anxiogène, emplie de souffrance et de mystère.
L’intervention de la musique renforce encore cette tonalité, ajoutant une expression morose qui accompagne la narration et donne corps aux émotions intérieures des personnages. La partition fait le pont entre leurs sentiments et nous, spectateurs : elle vient réveiller nos propres peurs, nos craintes, notre part de noirceur.
Conclusion
Avec Surface, Slimane-Baptiste Berhoun signe une adaptation sincère, humaine, déchirante et riche en symboles du roman d’Olivier Norek. Thriller efficace, porté par des personnages finement caractérisés et une narration millimétrée, Surface s’impose sans conteste comme la série de cette rentrée. Ambition visuelle, puissance scénaristique, interprétation habitée, musique d’une beauté à couper le souffle… tous les ingrédients sont réunis pour plonger le spectateur dans une enquête éprouvante, peuplée de personnages brisés par la vie, mais qui touchent droit au cœur grâce à une mise en scène intimiste. Sublime.
Surface dès le 21 août sur France.tv et le 1er septembre sur France 2.
. Mon interview avec le réalisateur Slimane-Baptiste Berhoun est à retrouver ici.
Casting : Laura Smet (Noémie Chastain), Tomer Sisley (Hugo Massey), Théo Costa-Marini (Romain Valant), Florence Muller (Catherine Valant), Otis Ngoi (Didier Bousquet), Quentin Laclotte Parmentier (Mikaël Soulignac, dit Milk), Pauline Serieys (Nadège Chabot), Luc-Antoine Diquéro (Jacques Dorin), Eloïse Rey (Justine Casteran), Serpentine Teyssier (Annie Dorin), Kamel Isker (Sonar Massey), Juliette Plumecocq-Mech (Hélène Saulnier), Samuel Churin (Jean Casteran), Olivia Brunaux (Sabine Soulignac), Inès Melab (Sofia Valant).

2 commentaires sur “[CRITIQUE] – SURFACE : L’ONDE DES TRAUMATISMES”
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