Après L’Éclipse, le réalisateur Franck Brett revient avec un projet d’envergure : Phoenix. Née de la grande alliance télévisuelle européenne, cette série aux allures de Casa de Papel écologique s’impose comme un thriller efficace et soulève une question essentielle : que serions-nous prêts à faire pour éveiller les consciences et sauver l’espèce humaine ?
Synopsis :
Alors que les patrons des plus grandes entreprises européennes lancent dans les Alpes un Forum prétendant lutter contre le réchauffement climatique et sauver un glacier, le groupe Phoenix passe à l’action : aux quatre coins du continent, ces six jeunes activistes kidnappent simultanément les enfants des dirigeants. Leur objectif : dénoncer leur greenwashing et les forcer à tenir leurs promesses avant qu’il ne soit trop tard.
Un thriller écologique avec de belles qualités
Lorsque vous kidnappez les enfants de quatre industriels européens, assurez-vous d’avoir un plan en béton ! Phoenix est une série de braquage d’un nouveau genre : piller les milliardaires pour transférer les fonds vers une structure de défense contre le réchauffement climatique.
Dans ce récit orchestré par Matthieu Bernard (Extra), Louis Aubert (Vortex, 7ème Ciel…) et Clément Marchand (En place, saison 2), se déploie un conflit moderne entre une jeune génération effrayée par les grands événements mondiaux (écologie, guerre…) et une ancienne génération dont le profit reste la seule ambition à long terme. Enfermés dans un vieux refuge abandonné en pleine forêt auvergnate avec leurs otages, nos six héros et héroïnes ont alors trois objectifs : redistribuer l’argent des riches, rallier l’opinion publique à leur cause et faire bouger les lignes par leurs actions. C’est là que les ennuis commencent. Et les auteurs redoublent d’ingéniosité pour maintenir un suspense palpable, non seulement au sein du groupe, mais aussi du côté des milliardaires, réunis en forum pour présenter un projet unique et soi-disant écologique. Des dynamiques intéressantes se créent, insufflant un renouvellement constant à l’intrigue. Des tensions naissent de situations qui dérapent, tandis que les menaces venant de toutes parts (opinion, médias, DGSI…) provoquent des choix dans l’urgence qui alimentent le récit.
Oui, il y a une réussite réelle dans son approche scénaristique, voire même une singularité, dans sa volonté de séduire un public jeune (là où les séries françaises des chaînes traditionnelles oublient parfois les 16-34 ans) et dans sa morale.
Cependant, quelques zones d’ombre viennent entacher le scénario. Si la série tient en haleine, elle pourra souffrir de la comparaison avec Prison Break ou La Casa de Papel (des références d’ailleurs assumées dans l’écriture, avec des ressemblances évidentes), surtout lorsqu’elle vise un public jeune. Les rebondissements existent, mais chacun les jugera différemment, mais il est vrai que nous devons prendre en compte le format : Phoenix a été pensée et conçue comme une unique saison de 6 x 52 minutes. Il fallait donc aller vite, proposer une fin et éviter de s’étendre dans des sous-intrigues ou des développements superflus. Pourtant, la série ne tire pas toujours pleinement parti de son potentiel. Deux exemples en témoignent :
Le réalisateur Franck Brett est un véritable chef d’orchestre. Il mène sa barque avec intelligence et un regard bienveillant. Sa caméra saisit toutes les nuances de ses héros en plongeant littéralement dans leurs yeux, dans leurs émotions, sans aucune forme de jugement. Il les accompagne avec une simplicité émotionnelle qui touche, tout en faisant ressentir le poids immense qui pèse sur leurs épaules. Cette charge se traduit aussi visuellement par des cadres resserrés et des plans appuyés sur les visages, révélateurs de la responsabilité qu’ils portent. Aussi chez les jeunes kidnappés dont les enjeux climatiques ne leur sont pas étrangers. Franck Brett ne les ignore pas, et leur donne cette ampleur dramatique nécessaire afin de montrer qu’eux aussi sont impactés par les décisions de leurs parents, et qu’ils connaissent la nature de ce qu’ils organisent à échelle mondiale. Dès lors, le réalisateur porte à l’écran, toujours avec le souci d’honnêteté plutôt que de critique frontale, un autre regard sur une jeunesse dorée qui, pour certains, a pleinement conscience de ses privilèges.

L’incendie : Non loin du lieu où les jeunes retiennent leurs otages, un feu de forêt se déclare et approche dangereusement de leur cachette. Mais cette menace n’est jamais vraiment traitée comme une urgence : les personnages semblent parfois contempler le brasier plus qu’ils n’en redoutent les conséquences. Ce n’est que dans le dernier épisode, alors que l’intrigue touche à sa fin, que l’on ressent enfin la gravité de ce danger. Difficile, certes, d’imaginer un plan B crédible et de consacrer un épisode entier à organiser leur fuite, mais c’est précisément le type de rebondissement haletant, à la Casa de Papel, qui aurait renforcé la tension. La précipitation et l’improvisation (ou non) est une part importante de ce type de série.
L’arrivée tardive de l’agent Amine Kacem (Mustapha Abourachid) : ce personnage, inspiré des archétypes d’Alexander Mahone (Prison Break) et d’Alicia Serra (La Casa de Papel), allie un sens aigu de la justice, une impassibilité glaciale et une absence totale d’empathie pour la cause des ravisseurs. Un profil idéal pour enrichir le récit. Or, il n’apparaît que dans le dernier acte de la série, frustrant tant son potentiel était immense, notamment dans sa dynamique avec la capitaine Béatrice Bochatay (Natacha Lindinger) dont le fils, Elias, fait partie des kidnappeurs.
La violence est-elle nécessaire ?

Dans un monde où la parole de la jeunesse est constamment étouffée, tournée en dérision dans les médias, dans un monde où les politiciens et les industriels se mettent des œillères et se moquent littéralement de l’avenir de l’humanité ainsi que des craintes du grand public, comment fait-on pour se faire entendre ? Les débats ne fonctionnent plus, chacun campant sur ses positions et sa vision du monde. Les fake news abondent tandis que la raison s’efface. Et l’avènement des tyrans et des régimes totalitaires vient annihiler le travail des scientifiques qui tentent d’alerter sur la catastrophe imminente. Il y a quelques jours, nous apprenions que nous venions de franchir la 7ᵉ limite planétaire avec l’acidification des océans.

Dans cette ambiance délétère, on qualifie alors les écologistes de terroristes et les jeunes de feignants, lesquels sauteraient sur la moindre manifestation pour rater les cours. Les manifestations, elles, sont parfois violentes. Violentes à l’image de la politique actuelle. Une réponse à la force par la force, contenue par une autre force déraisonnée. Avec les années, acculés, cela s’intensifiera, n’en doutons pas. Les répressions seront horribles. Ce n’est pas un film mais la réalité.
Pour que nos dirigeants prennent conscience du danger imminent, Phoenix aborde donc ce sujet par le prisme de l’illégalité.
En kidnappant les enfants de quatre géants de l’industrie européenne – geste terrible – cette bande de jeunes devient la cible des critiques. L’opinion publique est forcément divisée : d’un côté ceux qui les accusent de terrorisme, de l’autre ceux qui comprennent l’action et se mobilisent. Car il s’agit bien de cela : faire comprendre que les choses doivent changer pour le bien commun.
La série est assez habile pour montrer l’impact politique et environnemental sur ces héros des temps modernes. Cette action les touche profondément et, s’ils ne se sentent pas coupables, il y a une volonté d’aller jusqu’au bout, une fermeté, une froideur qui les pousse par pur altruisme. C’est le sens noble de la détermination que met en lumière Phoenix, où l’absence d’individualisme et d’égoïsme de leur part nous pousse, en tant que spectateurs, à réfléchir à notre manière de voir le monde.
Pour porter la voix de cette jeunesse, un merveilleux casting international : Marie Colomb (Culte, Follow…), Léo Legrand (Endless Night, Anthracite…), Will Attenborough (No Way Up), Catalina del Rosario (Un job en or), Gaëlle Langouet (Sous la Seine, 66.5…) et Alva Schäfer (Lands of Murders). Leurs interprétations accentuent l’angoisse, le doute, les craintes et l’espoir qui habitent les personnages. Ils incarnent parfaitement l’engagement de cette jeunesse désespérée, avec une sincérité authentique et une parole criante de vérité.
Conclusion
Phoenix est une série importante pour comprendre la façon dont la crise écologique impacte la jeunesse, physiquement et moralement. À travers ce questionnement sur la violence, Phoenix n’incite pas au délit mais tente d’analyser un effet sociétal qui s’accélère alors que le silence des puissants face aux enjeux climatiques est assourdissant. En cela, elle réussit son pari. Et si elle aurait pu aller encore plus loin dans la tension et les rebondissements, la série demeure audacieuse, assume ses prises de position et offre un vrai moment de télévision rythmée et, avouons-le, plutôt efficace.
Phoenix, dès le 12 février sur France.tv et le 19 février sur France 2.
Casting : Marie Colomb, Léo Legrand, Will Attenborough, Catalina del Rosario, Gaëlle Langouet, Alva Schäfer, Natacha Lindinger, François Berléand, Mustapha Abourachid, Pauline Pollmann, Benno Fürmann, Jules Poirier…

1 commentaire sur “[CRITIQUE] – PHOENIX : LA JEUNESSE ENGAGÉE CONTRE LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE”
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