Entre comédie populaire et drames intenses, Louise Monot trace depuis plus de vingt ans un parcours riche et audacieux. Révélée au grand public avec OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, confirmée par d’autres succès au cinéma et à la télévision avec Les petits Mouchoirs et Marion, elle n’a cessé depuis d’alterner registres et prises de risques.
À l’occasion de son passage au Festival, de Luchon où elle présentait Une relation dangereuse de Nadège Loiseau, la comédienne revient avec sincérité sur son rapport au jeu, à la création et la vision de son métier qui la façonne autant qu’elle le nourrit.
Qu’est-ce qui vous fait dire oui à un rôle ou à un projet ?
S’il me fait vibrer à la lecture. C’est vraiment du ressenti pur. Si j’ai envie de le défendre, ou non, c’est comme ça que ça s’impose à moi. Il peut y avoir un grand réalisateur ou une grande réalisatrice, un casting formidable… mais si je sens que je n’ai rien à défendre avec mon rôle, ça ne m’intéressera pas, et je n’irai pas. Je ne suis plus la même qu’à mes débuts. Je grandis, donc je change, et mes envies évoluent. Je n’ai plus les mêmes désirs. Néanmoins, je pense faire partie des rares personnes qui ont appris à dire non assez tôt. Je ne dis pas que j’ai toujours fait les bons choix, mais j’ai eu l’exigence de m’écouter. Et pas par ego. Simplement parce que je vais là où me guide mon cœur. Je n’ai jamais réussi à vouloir être partout. J’ai quitté une série très jeune, alors qu’elle fonctionnait très bien, parce que j’avais l’impression de ne plus rien avoir à apporter au personnage. J’avais l’âge du rôle, j’étais adolescente, et je me disais qu’il fallait que je me nourrisse de la vie, de nouveaux horizons. Quelque part, ça m’a ouvert d’autres portes. Souvent, quand on en ferme une, cela en ouvre d’autres. Avec le recul, je me dis que j’ai eu le courage de partir. Ce n’est pas simple de s’imposer ainsi, de savoir ce que l’on veut dans un milieu qui exige parfois que l’on soit comme ci ou comme ça. Il faut rester attentif pour ne pas devenir ce que l’on imagine que les autres attendent de nous. Nous dépendons du désir des autres – puisque c’est grâce à eux que l’on travaille – mais si l’on cherche à plaire à tout le monde, cela ne fonctionne pas. Je crois être restée authentique, fidèle à ce que je voulais être et aux choix que je fais. On ne peut pas non plus faire des films pour plaire à tout le monde. Je choisis des projets qui me ressemblent. Et aujourd’hui, j’ai aussi envie de travailler avec des gens bienveillants. De créer une sorte de famille artistique, avec des personnes que j’aime et que j’admire.
« Pour moi, un rôle, c’est une rencontre »
En quoi la rencontre avec un réalisateur ou une réalisatrice peut-elle être décisive dans votre décision ?
Par exemple, si on prend Une relation dangereuse, dans lequel j’ai un tout petit rôle, je l’ai accepté car j’avais déjà travaillé avec Nadège Loiseau et que je lui fais entièrement confiance. Je la suis où elle veut. Dans le film, il y a une scène de procès qui n’existait pas au départ. Quand Nadège m’a proposé le rôle sans cette scène, je lui ai dit, très honnêtement : « Tu peux presque prendre une figurante, parce que ce personnage est important dans l’histoire, mais pas dans ce qu’il joue. » Je trouvais dommage qu’elle ne soit pas présente au procès. Du coup, cette scène a été écrite spécialement. J’ai aimé travailler de cette façon.
Un réalisateur ou une réalisatrice qui vous désire vraiment, ça peut tout changer. Ça vous donne des ailes. On se sent encadré, aimé – et l’acteur fonctionne beaucoup à l’amour aussi. Il y a aussi les projets qu’ils ont déjà faits. J’ai travaillé deux fois avec Christian Faure et Nadège Loiseau. J’adore retravailler avec des gens, parce qu’une confiance s’installe, on se sent en sécurité. Et dans ces conditions-là, j’ai l’impression qu’on peut tout jouer.
Sur un tournage, préférez-vous être guidée, avoir un espace de liberté, ou un mélange des deux ?
J’aime les deux. C’est pour cela que je m’intéresse à l’écriture et à la réalisation : je suis très investie. Je ne peux pas simplement arriver et dire mon texte. Mais c’est délicat. Il faut savoir également rester à sa place. Quand je suis comédienne, je ne suis que comédienne. La co-création, je trouve ça formidable. Quand on travaille avec une production ouverte, avec une chaîne accessible – comme ce fut le cas pour Marion sur 13e Rue – on peut échanger plus facilement, discuter, construire ensemble. On co-crée le projet.
Avec Nadège Loiseau, ce que j’adore, c’est que je suis guidée, cadrée, et à l’intérieur de ce cadre, je me sens totalement libre dans le jeu. Je sais qu’elle sait ce qu’elle veut, et j’ai confiance en son goût. C’est une liberté extraordinaire : je peux tout essayer, et au final, elle gardera ce qui fonctionne. Et ça, c’est très agréable.
Vous avez tourné dans deux comédies à succès : OSS 117 : Le Caire, nid d’espions et Les Petits Mouchoirs. Que retenez-vous de ces deux tournages ?

Ce sont deux tournages extrêmement différents. Sur OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, j’étais très jeune, je n’avais même pas 25 ans. J’avais conscience de la chance immense que j’avais de me retrouver sur un film d’une telle ampleur. Le casting avait été très long et j’étais loin d’être choisie d’avance.
Les costumes faits sur mesure, le tournage au Brésil… C’était magique, un peu fou. Ce film a clairement marqué un tournant dans ma carrière : c’était mon premier long métrage avec un rôle important.
Il y a aussi une grande rigueur dans la comédie, on l’apprend vite. On me demande encore aujourd’hui comment j’ai fait pour ne pas rire dans la scène des « boules de Noël ». Même l’équipe était surprise. Mais c’était une de mes premières scènes, donc j’étais hyper concentrée. Évidemment, Jean Dujardin est tellement drôle qu’il y a eu des fous rires – et même un moment où je me suis fait un peu remonter les bretelles alors que je n’étais pas la seule à rire (rires).

Sur Les Petits Mouchoirs, j’avais une partition plus modeste, mais j’ai adoré travailler avec Guillaume Canet. Sa manière de diriger est très délicate : il venait me parler à l’oreille, me demandait si j’étais prête. Il donne beaucoup d’amour à ses comédiens, et ça porte. C’était un petit rôle, et il s’en excusait presque parfois. Mais mon personnage ne fait pas vraiment partie de la bande, et il fallait l’assumer. Inutile d’ajouter des choses pour qu’elles soient coupées au montage. Guillaume voulait qu’on croie immédiatement à cette bande d’amis, et j’ai trouvé sa façon de préparer, de faire des lectures, très inspirante.
Et puis je connaissais déjà Gilles Lellouche, j’étais contente de travailler avec lui. J’étais vraiment inclue que ce soit dans la préparation et dans les lectures. Guillaume souhaitait, et ça je crois qu’il avait vraiment raison, qu’on croit tout de suite à cette bande.
C’était assez inspirant, de voir sa manière de travailler et de diriger. J’ai adoré faire partie de cette aventure et ça m’a apporté beaucoup de choses d’ailleurs.
Depuis toutes ces années, qu’est-ce que le métier de comédienne vous a apporté individuellement et humainement ?
Je trouve que tous les rôles que l’on incarne nous font grandir. Pour moi, un rôle, c’est une rencontre. On donne de soi au personnage, mais le personnage nous apporte aussi. J’ai eu dans mon parcours de véritables rôles cadeaux, qui m’ont fait évoluer. Je crois que certains rôles nous permettent également d’extérioriser des parts de nous que nous n’assumons pas toujours. On se construit énormément à travers ça.
Je m’intéresse beaucoup à tout ce qui touche à la psychothérapie. J’ai d’ailleurs suivi une formation en parallèle pendant plusieurs années. Ça m’aide autant dans la construction des personnages que dans la relation aux autres. C’est un métier profondément lié à l’humain. Au fond, il m’a construite autant individuellement qu’humainement – les deux sont indissociables.
Et puis il y a la vie à côté. J’ai construit ma vie de femme, de maman, et je trouve ça précieux de pouvoir mener les deux de front. D’avoir cet équilibre : être dans la vraie vie, et puis aller jouer, s’amuser, explorer d’autres existences. C’est une chance immense.
Echange réalisée au Festival de Luchon (format 15 minutes).
