[INTERVIEW : SPÉCIAL LES SENTINELLES] – 3 QUESTIONS À… PAULINE ÉTIENNE, OLIVIA ROSS ET CARL MALAPA

À l’occasion de la seconde semaine de diffusion de Les Sentinelles, les comédiennes Pauline Étienne et Olivia Ross, ainsi que le comédien Carl Malapa, répondent à trois questions autour du métier d’acteur.

« Sur un tournage, on est toujours obligé de composer entre ce qu’on a préparé, ce qu’on avait anticipé, et ce qui se passe le jour même » – Olivia Ross

Vous avez, tous les trois, interprété des personnages très variés au cours de votre carrière, en explorant également des genres différents. Qu’est-ce qui vous fait dire « oui » à un rôle ou à un personnage ?
Pauline Étienne : D’abord, l’histoire : c’est très important. Ensuite, la rencontre avec la personne qui va réaliser. Aujourd’hui, là où j’en suis dans ma vie, je n’ai plus envie de perdre du temps avec des gens méchants, donc c’est essentiel que la personne qui porte le projet soit bienveillante. Enfin, il y a le personnage : je veux voir si j’y trouve mon compte en tant que femme, en tant que personnage féminin. Il y a plusieurs critères. Par exemple, je n’ai plus envie de tourner trop de scènes de sexe. Sur Les Sentinelles, mon personnage était passionnant, parce qu’il évolue tout au long de la série et possède une intelligence et une force de caractère assez impressionnantes.

Carl Malapa : Moi, j’accepte seulement si j’ai des pouvoirs (rire). Plus sérieusement, même si pour Les Sentinelles l’envie de jouer un super-héros a clairement primé, Pauline a très bien répondu : la rencontre avec le réalisateur, la trajectoire du personnage et les idées qu’il défend sont primordiales.

Olivia Ross : J’ajouterais à tout cela la rencontre avec les gens. Sur les séries, on ne peut pas toujours lire l’ensemble au moment du casting : parfois seulement des extraits, un épisode, avec un peu de chance. Donc, il faut aussi faire confiance au réalisateur ou à la réalisatrice, et au scénariste, qui eux connaissent l’histoire de A à Z ainsi que les enjeux de votre personnage. Lors de mon premier casting pour Les Sentinelles, j’étais avec Guillaume Lemans, le scénariste, et Thierry Poiraud, le réalisateur. On doit s’engager en pariant sur leur vision. Entre ma première audition et la dernière, beaucoup de choses avaient évolué, mais sentir leur excitation et leur enthousiasme pour mon personnage m’a galvanisée. Ça m’a donné envie de poursuivre l’aventure à leurs côtés.

« Il ne faut pas se blâmer d’avoir raté une scène » – Pauline Etienne

Où allez-vous puiser les émotions dramatiques que vos personnages peuvent éprouver ?

P.E : Au début, j’allais chercher dans des choses très personnelles. Mais au fur et à mesure, j’ai appris que c’était un métier, qu’on n’était pas obligé de se faire du mal en allant réveiller des blessures qui nous poursuivraient après. Il faut que ça reste un travail : on arrive sur un tournage, et quand on repart, il faut laisser tout ça là-bas, sur le plateau, pour ne pas être complètement effondré par les émotions qu’on a jouées. Avec le temps, on finit par se connaître, à comprendre comment on fonctionne, et il y a des mécaniques qui s’installent.

C.M : Moi, j’ai l’impression que je vais puiser parfois dans l’enfant qui est en moi. J’essaie d’apprivoiser les tournages comme une cour de récréation. Pour Les Sentinelles, je pensais à lorsque nous jouions à la guerre, en primaire, avec mes potes : on y croyait tellement qu’on avait de vraies réactions. C’est dans cette naïveté-là, dans ces souvenirs d’enfance, que je trouve souvent la véritable émotion à jouer.

O.R : Sur un tournage, on est toujours obligé de composer entre ce qu’on a préparé, ce qu’on avait anticipé, et ce qui se passe le jour même. Parce qu’il n’y a pas de réelle répétition. Le décor peut être différent, le partenaire peut jouer autre chose, donc il faut s’adapter. Il arrive qu’une émotion va fonctionner d’une certaine manière, et finalement, on doit aller chercher dans une autre zone, complètement différente, parce que ça ne marche pas.

Il y a aussi l’importance de rester présent avec les autres acteurs. En réalité, on trouve tout dans l’autre. Si on se contente de rester enfermé dans ce qu’on a décidé de faire, il ne se passera rien. D’une certaine manière, ça enlève une pression : c’est un métier difficile, il y a des périodes sans travail, et partager une vraie alchimie avec un partenaire reste un immense plaisir.

P.E : Oui, et il y a des jours où on est moins bons aussi. C’est une passion, mais ça reste un métier. Il ne faut pas se blâmer d’avoir raté une scène. On a tous nos bons et nos mauvais jours. […] En revanche, c’est un enfer de jouer avec quelqu’un qui « se regarde jouer ». C’est très dur, parce que vous cherchez dans ses yeux, et la personne n’est pas là. On se retrouve à devoir composer avec soi-même.

O.R : Exactement. Ce que nous faisons est, en soi, éphémère. La seule différence, c’est que la caméra capte ce moment.

« La préparation, les discussions avec les créatrices et les essayages nous ont aussi permis d’entrer dans cet univers » – Carl Malapa

Pour rester sur ce thème et en prenant l’exemple de la série Les Sentinelles, vous avez chacun des rôles forts à défendre. Comment vous êtes-vous préparés pour ces rôles ?
P.E : C’est d’abord trouver la ligne du personnage, savoir comment on veut le faire évoluer. Pour le mien, par exemple, j’ai travaillé sur sa démarche, sur l’éthique physique qu’elle peut avoir. C’est comme ça que j’aime aborder un rôle, parce que c’est ce qui se voit à l’écran. […] Et puis, le costume aide énormément à entrer dans un personnage, dans une époque.

C.M : Avec mes camarades des Sentinelles, on s’est beaucoup préparés physiquement aussi. On a fait pas mal d’entraînements avant et pendant le tournage, pour être au niveau et tenir la distance.
Pour le personnage, je travaillais, comme Pauline, sur sa trajectoire, mais aussi sur ses tics de langage, son bagage social : d’où il vient, quelle est sa famille, quelle est son histoire… Bref, lui inventer une vie et savoir où il en est quand la série commence.

O.R : Moi, j’ai tendance à me dire : « C’est une époque précise, alors il faut tout lire sur le sujet. » Mais ce n’est pas forcément ça qui travaille le sensible. Au contraire, il faut plutôt éveiller cet aspect-là. Et puis sur un tournage, il y a des jours où l’on ne travaille pas et d’autres où l’on enchaîne. C’est aussi une question de laisser les choses mijoter.

P.E : En général, ça arrive au bon moment, au bon endroit. Il y a une forme de magie qui se produit sur un plateau.

O.R : Oui, et on cohabite avec ces personnages et ces mondes pendant un certain temps. J’ai auditionné longtemps pour ce rôle, donc ça a eu le temps d’infuser en moi. Le travail se fait souvent naturellement. On navigue constamment entre ce qu’on infuse, ce qu’on contrôle, ce qu’on travaille, et ce qu’on laisse venir. C’est un équilibre.

C.M : Tu parlais des costumes, Pauline : c’est vrai que la préparation, les discussions avec les créatrices et les essayages nous ont aussi permis d’entrer dans cet univers guerrier, peut-être de manière plus aisée. Ça nourrit.

Pour me suivre 👇

Propos recueilli au Festival de la Fiction de La Rochelle (format 10 minutes).

Les Sentinelles actuellement en diffusion sur CANAL +.

. Ma critique de la série est à retrouver ici.
. Mon interview avec le réalisateur Thierry Poiraud et les comédiens Thibaut Evrard et Kacey Mottet-Klein est à retrouver ici.
. Vous pouvez retrouver mon interview carrière avec Thibaut Evrard ici.

Synopsis :
Au début de la Première Guerre mondiale, le soldat Gabriel Ferraud, grièvement blessé, est sélectionné pour participer à un programme de recherche ultra-secret de l’armée française qui vise à créer des combattants d’un genre nouveau. Après qu’on lui a inoculé un sérum à l’origine mystérieuse, Gabriel se voit doté de capacités inédites. Désormais plus fort, plus rapide, plus résistant qu’un être humain normal, il intègre une unité d’élite composée de soldats augmentés : les Sentinelles. Mais il est très vite confronté à une réalité terrifiante qui risque de faire basculer le sort de la guerre.

Casting : Louis Peres (Gabriel Ferraud), Thibaut Évrard (Djibouti), Kacey Mottet-Klein (De Clermont), Carl Malapa (Armand), Olivia Ross (Irène Ferraud), Ouassini Embarek (Le Baron), Pauline Étienne (Marthe), Nastya Golubeva (Gisèle), Noam Morgensztern (Mirreau), Vincent Pasdermadjian (Henri), Guillaume Arnault (Louis), Aurore Broutin (Roxane), Jean-Michel Rucheton (Salomon)…