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Entre thrillers policiers, drames sociaux et familiaux, il enchaîne les rôles marquants sur le petit écran. Avec ces récents projets que sont Phoenix, Il était deux fois et Je sais pas, le comédien confirme sa capacité à naviguer entre des univers très différents, tout en apportant à chacun de ses personnages une véritable profondeur.
Dans cette échange, il revient avec sur la vision de son métier, son rapport au jeu, ses choix de rôles, et l’évolution de la fiction française à laquelle il a largement contribué.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vouloir devenir comédien ? Quel a été le déclic ?
C’était quelque chose qui me trottait dans la tête depuis toujours, mais je n’avais jamais passé le cap. Au lycée, il y avait des cours de théâtre avec la prof de latin, mais je n’avais jamais franchi la porte. Après un parcours un peu chaotique au lycée, j’ai fait des études de droit à Paris, où e me souviens avoir passé un oral d’entrée désastreux. Un jour, un copain qui m’a dit : « Attends, tu nous as toujours parlé des Cours Florent et tout… Tu es à Paris, c’est le moment, si tu en as envie. » Du coup, virage à 90 degrés : j’ai laissé tomber tout le côté juridique de ma vie et je suis parti faire un stage aux Cours Florent pendant la période de Noël. En janvier, j’intégrais l’école. Et je ne suis plus jamais reparti de là-bas. J’y ai même donné des cours.
J’ai commencé assez tard finalement, à l’âge de 27 ans. Mais je ne sais pas… J’ai perdu mon père jeune et j’avais l’impression d’avoir fait ce que j’avais à faire vis-à-vis de lui au niveau des études, même s’il n’avait pas lui-même fait d’études de droit.
Et finalement, ces études de droit, est-ce qu’elles vous ont aidé pour les rôles de policiers que vous avez incarnés à la télévision ?
Le droit est une matière très vivante, donc qui évolue beaucoup. Mais oui, il y a une base qui m’a aidé. D’autant que j’ai fait de la médecine légale en DEA et de la criminologie. Ça m’a aussi aidé pour les textes, parce qu’en droit il y a un volume impressionnant de textes à apprendre. C’est hyper efficace.
« Je n’ai pas besoin d’être malheureux pour jouer. Je prends de la distance par rapport à ça »
Qu’est-ce qui vous fait dire oui à un rôle, à un projet ?
La lecture du scénario, c’est évident, mais aussi le réalisateur ou la réalisatrice qui va piloter le projet, ainsi que le travail qu’il ou elle a pu faire auparavant. Je travaille de plus en plus avec des réalisateurs qui ont quand même une ligne directrice dans leur carrière : des choix artistiques et des partis pris cohérents et intéressants. J’adore ça, les gens qui ont des univers singuliers qu’ils développent au fur et à mesure de leur filmographie.
Ensuite, il y a le personnage. J’essaie toujours de trouver quelque chose qui va me parler. Ce n’est pas du tout la taille du rôle qui va être importante ou décisive pour moi. Ça peut être un petit rôle comme un grand rôle. Comme disait Stanislavski : « Il n’y a pas de petits rôles, il n’y a que des petits acteurs. » Avec un petit rôle, on peut faire des choses complètement dingues ou être un élément clé dans une histoire. Mais il faut qu’il y ait un petit challenge, qu’en tant que comédien se soit motivant.
Qu’est-ce qui peut vous toucher chez un personnage, au point d’accepter de l’incarner ?
J’aime quand il y a plusieurs couleurs. Et je trouve qu’on a fait beaucoup de progrès. Aujourd’hui, l’ensemble d’un casting – et donc même les plus petits rôles – est très travaillé, très caractérisé. Il n’y a plus qu’une seule couleur. On n’a plus simplement le gars qui est là, qui est le mari d’un tel ou autre. Il y a toujours plusieurs strates.
J’ai aussi besoin que le personnage ait une certaine sensibilité. C’est important pour moi de pouvoir apporter ça. Parfois, cela naît même en discutant avec le ou la réalisateur·rice. On peut ajouter ces petites touches de nuances, de couleurs, d’émotions. […] D’ailleurs, il m’est arrivé, au départ, de ne pas être convaincu à 100 % par un projet. Mais la façon dont le ou la réalisateur·rice va l’aborder, la liberté qu’il ou elle va trouver avec nous par rapport au jeu, peut être décisive dans mes choix. Je ne me ferme jamais. J’attends les lectures et les discussions. Car c’est souvent là qu’on peut se dire que, finalement, on va le faire.
Vous avez enchaîné avec 3 projets magnifiques : Il était deux fois, Phoenix et Je sais pas. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ces projets ?

Pour Phoenix, je ne connaissais pas du tout le projet quand Franck m’a appelé, et j’avais déjà envie de dire oui alors que je n’avais même pas lu le scénario. J’avais déjà travaillé avec lui, donc je savais comment il travaillait. Je savais que s’il se lançait dans un projet comme celui-là, ce serait forcément un bon projet. De même avec Fred Grivois. Je n’avais jamais travaillé avec Valentin Vincent, mais je connaissais Florian Thomas (Il était deux fois) pour l’avoir croisé sur OPJ. J’aime beaucoup leur travail à tous.
Après, j’ai lu les projets. Phoenix était une évidence : un sujet hyper moderne, très actuel, et important. Et puis l’écriture aussi, c’était super bien écrit.
Légende : Hubert Delattre dans la série Phoenix.
Je sais pas, j’adorais le format, parce que le 4 × 52, je le trouve assez intéressant. À la lecture, j’ai bien vu la direction que Fred allait prendre, et ça m’a plu, parce qu’on sort un peu du cadre classique que peuvent parfois proposer les thrillers. Ici, on pousse davantage les curseurs. C’est plus sombre, et ça fonctionne d’ailleurs très bien.
Il était deux fois est le rôle le plus conséquent des trois. Je suis très heureux du succès en ce moment sur France.tv. On ne peut jamais vraiment savoir, à la lecture d’un scénario, si ça va marcher ou non. Mais en tout cas, le côté addictif dont les gens parlent, c’est vrai qu’on l’avait déjà ressenti en lisant. Et puis j’avais un beau rôle à défendre. Parce que c’est bien d’avoir un beau projet, mais c’est encore mieux d’avoir un bon personnage dans ces beaux projets.
Sur un tournage, vous préférez travailler de quelle façon ? Être guidé, avoir un espace de liberté, ou un mélange des deux ?

Moi, j’aime bien les deux. Je sais qu’il y a des acteurs qui ont besoin d’avoir beaucoup d’indications, par exemple. Mais sur un tournage, si on a le luxe de pouvoir tester plusieurs angles, plusieurs interprétations, c’est carrément génial. On n’a pas toujours le temps, donc il faut quand même bien se préparer à l’avance. Et puis j’ai l’impression de travailler aujourd’hui avec des gens qui ont aussi envie de travailler avec moi. De fait, ils me laissent la possibilité de proposer des choses. Qu’on s’entende : j’adore être dirigé. Il y a des réalisateurs qui ont juste besoin de dire un mot et vous emmènent un peu ailleurs ; d’autres vont vous demander de suivre un chemin très précis. En réalité, il y a de tout. Il n’y a pas de règle. Seulement des réalisateurs et des réalisatrices différents… et nous, on s’adapte.
Légende : Hubert Delattre au coté d’Odile Vuillemin dans la série Il était deux fois.
En amont, vous préparez beaucoup vos rôles ?
Il y a tout un travail de construction que nous faisons nous-mêmes, de notre côté. Mais je ne vais pas me prendre la tête, par exemple, sur un texte ou sur ce genre de choses. J’apprends assez facilement, c’est un peu comme ça chez moi. Et plus les rôles sont denses, plus c’est facile, parce que même si on travaille le personnage en amont, le texte peut aussi s’apprendre jour après jour. On tourne peu de séquences par jour.
Ce que j’aime aussi dans ce métier, c’est qu’il peut y avoir une certaine facilité. Et j’aime quand c’est agréable, quand tout se passe bien. Pas « facile » dans le sens où tout serait simple ou sans effort, mais dans le sens où le travail se fait dans de bonnes conditions. Je ne suis pas un acteur qui se prend trop la tête. J’aime bien pouvoir rire avant et après une séquence dramatique. Je n’ai pas besoin d’être malheureux pour jouer. Je prends de la distance par rapport à ça. Et quand on travaille ainsi, c’est tellement plus agréable. Bien sûr, c’est du travail, mais on ne va pas à l’usine. Même s’il faut préparer un rôle en amont, apprendre un texte n’est pas non plus une épreuve. Si, pour un rôle, on me demande de lire un livre, de regarder des films de référence ou de visionner les films et les séries d’un ou d’une cinéaste avec qui je vais travailler, ce n’est pas une punition. D’autant qu’aujourd’hui on produit des fictions de plus en plus qualitatives, donc c’est plutôt un plaisir.
Vous avez joué pas mal de flics à la télévision. Qu’est-ce qu’on apprend humainement lorsqu’on joue ce type de rôle ?
Déjà, on apprend qu’un flic, c’est un être humain. Là aussi, je crois qu’il y a eu une évolution. Avant, les flics étaient juste des flics. Maintenant, ce sont des pères de famille, ils ont une femme, des problèmes… Tout cela influence forcément leur travail. On apprend également que ce sont des métiers où l’on vit des choses horribles. Parce que nous, à la télévision certes, on ne voit que ça : des histoires criminelles, des disparitions, des meurtres. Mais il faut se dire que, pour ces gens-là, c’est le quotidien. Pour nous, c’est de la fiction. C’est atroce, en fait. On ne s’en rend pas toujours compte, mais ils sont constamment proches de la mort, proches aussi de familles endeuillées ou de familles en détresse qui recherchent quelqu’un. Psychologiquement, c’est terrible. J’adore pourtant ces rôles. Et puis les enquêtes, c’est passionnant. Les gens aussi trouvent ça passionnant. Quand c’est bien fait, c’est vrai qu’on a envie d’y aller.

Légende : Meurtre à Montauban.
Et vous arrivez encore à trouver un espace de création dans ces rôles de policiers ou de gendarmes ?
À chaque fois. Enfin, j’espère. Après, ça, il faudrait demander aux gens qui regardent ce qu’on fait. Mais j’essaie vraiment de me dire que c’est différent à chaque fois.
Ensuite, ces personnages ne sont généralement pas écrits exactement de la même manière. C’est vrai que le piège, quand on joue souvent des flics, c’est de finir par faire toujours le même. Mais j’espère avoir prouvé récemment que tel gendarme ne ressemble pas du tout à un autre gendarme, ou à un autre policier. Parce qu’il y a plein de choses à trouver, même physiquement. Et comme je le disais, ce sont des rôles de mieux en mieux écrits. Ils ont davantage d’épaisseur qu’autrefois, avec des histoires plus profondes. Au-delà de l’enquête, il y a désormais aussi l’aspect humain. Et c’est surtout ça que j’ai à cœur de défendre dans des rôles.

Légende : 12 ans, 7 mois, 11 jours.
Pour approfondir ce sujet, comment percevez-vous l’évolution de la fiction française dans son ensemble ?
Avec tout ce qui se passe sur les plateformes, avec les gens qui consomment de plus en plus de séries – et des séries qui viennent un peu de tous les pays – on s’est vite retrouvés confrontés à un problème de qualité. Et j’ai l’impression qu’on a su réagir rapidement et monter en gamme. Surtout, il y a aujourd’hui beaucoup de réalisateurs qui ont entre 25 et 45 ans, et qui sont déjà les enfants d’une génération nourrie à la culture des séries, notamment américaines. Ils portent donc un regard neuf sur la fiction française. Finalement, la concurrence nous a boostés.
Même sur les quotidiennes, on change notre regard. À une époque, les acteurs des quotidiennes restaient cantonnés à ces séries et on n’allait pas forcément les chercher ailleurs. C’était mal vu. Aujourd’hui, on s’ouvre de plus en plus. On voit désormais beaucoup de comédiens issus de quotidiennes au cinéma ou dans d’autres séries. Il en va de même pour la concurrence entre les chaînes. Avant, on était « un acteur de France Télévisions », « un acteur de TF1 » ou « un acteur de Canal+ », et il était rare de passer d’un médium à un autre. Aujourd’hui, les passerelles existent davantage, et s’élargisse jusqu’au cinéma.
« J’ai besoin qu’on m’emmène vers des endroits différents »
Que ce soit avec Paris Police 1900 ou Machine, pour citer deux exemples, on sent chez vous un certain plaisir à changer de look. Est-ce que c’était déjà présent enfant ?
Oui, je crois. Enfant et adolescent, j’adorais les changements de style. Même les couleurs de cheveux, c’est quelque chose que j’ai souvent changé. Il y a eu une période de ma vie où ça rendait mes parents fous (rires). J’ai toujours aimé changer de tête. Maintenant que c’est mon métier – et qu’on m’encourage même à le faire – je trouve ça encore plus génial. Et les professionnels savent que je n’ai pas peur de ça. Entre le costume, la barbe, les cheveux, quand vous changez tout ça, vous avez déjà fait une bonne partie du travail dans la construction de votre personnage et dans l’appropriation du rôle. Même les changements de poids, j’adore. Si demain je dois faire 120 kg pour un rôle, je le ferai.
En France, on va plus souvent vers des gens qui ont déjà « la tête de l’emploi ». C’est un peu dommage. Et moi-même, je suis sûr que, par moments, j’ai raté des castings parce que les gens ne se projetaient pas. Parce que vous arrivez avec les cheveux longs et une grosse barbe pour un rôle de militaire… et puis, six mois après, ils vous voient dans une série où vous avez le crâne rasé et où vous jouez un militaire, et ils se disent : « Merde, il était parfait pour ça ! » Mais parfois, il faut réfléchir un peu. Après, je ne suis pas rancunier. Je peux comprendre qu’on ait du mal à se projeter.
Et le costume, c’est quelque chose auquel vous faites attention en amont d’un tournage ? Vous allez beaucoup aux essayages ?
Oui. Les essayages sont très importants. Le costume raconte tellement de choses sur vous, sur le rôle. Et là aussi, on prend le temps de bien choisir. Cependant, en tant que comédien, il ne faut pas trop imposer ses choix. Les costumiers savent ce qu’ils font : ce sont des professionnels, ils sont là pour ça, pour donner leur vision du personnage en accord avec la direction artistique du film ou de la série. Et c’est vrai que, dès que vous avez changé votre look et enfilé votre costume, il se passe quelque chose de presque magique.
On parlait tout à l’heure de ce qui vous fait dire oui à un projet et des rôles de flics. Mais on remarque aussi que vous allez vers des projets très différents : que ce soit l’action et le drame social en passant par le thriller environnemental avec Phoenix ou le polar. En tant qu’acteur, de changer de registre et d’éviter d’être enfermé dans une case ?
J’ai la chance, en ce moment, que ce ne soit pas le cas. J’ai l’impression que chaque projet est différent. Je m’amuse beaucoup. Mais oui, je pense que c’est un risque. Après, il arrive aussi que ce soit un choix assumé. Il y a des comédiens qui aiment faire tout le temps la même chose, rester dans une forme de confort, j’imagine.
Là, par exemple, je viens de finir le tournage de la série Le Charles. Et quand on s’est parlé du rôle, il m’a dit : « Je ne veux pas qu’on te reconnaisse. » J’ai travaillé plusieurs fois avec Julien Despaux, notamment sur Paris Police, et avec lui, je n’ai jamais fait la même chose. D’ailleurs, il ne vient pas me chercher pour ce que je sais déjà faire. Il me propose toujours l’opposé. Et c’est une marque de confiance énorme, parce que ça veut dire qu’il croit en mes capacités. Moi, j’ai besoin de cette confiance et qu’on m’emmène vers des endroits différents.
Echange réalisé au Festival de Luchon 2026.
Pour aller plus loin :
* Ma critique de Phoenix est à retrouver ici.
* Mon interview avec Léo Legrand pour Phoenix est à retrouver ici.
* Mon article sur Je sais pas avec les interview du réalisateur Fred Grivois, et les comédiens Lola Dewaere est à retrouver ici.
* Ma critique de Machine est à retrouver ici.
* Mon interview making-of de Fred Grivois pour Machine est à retrouver ici et celle du comédien Sébastien Lalanne ici.
